Rarement, on a vu aussi clairement au CSE les clivages entre les organisations. Oui, ce projet de DNB se veut l’improbable synthèse de deux logiques qui ne peuvent être appliquées simultanément.
S’opposant au « pilotage du collège par le socle commun », il y a la logique du statu quo, le maintien d’un système dont on connaît les limites mais dont les effets pervers sont sans doute rendus légitimes du fait qu’on y est habitué. C’est la logique du maintien d’une évaluation traditionnelle qui ne dit pas grand’chose des acquis des élèves mais qui permet de les classer, distinguant les meilleurs et laissant les plus faibles sans aucune preuve de ce qu’ils ont acquis. Un système qui permet de dégager les « élites » (en nombre insuffisant, cependant) et qui convainc près d’un quart d’une classe d’âge qu’elle n’a pas sa place dans le collège pour tous et qui se jugera ensuite incapable de reprendre une formation.
Un système qui oppose consciemment ou inconsciemment la réussite de la masse des élèves et l’émergence d’un élite de haut niveau alors que les enquêtes internationales concluent que les deux vont de pair. Cette logique-là a un sens. Oui, mais dans un monde qui n’existe plus, dans une France qui n’existe plus. La France de l’élitisme républicain légitimé par les vieilles lunes que sont le mérite ou l’égalité des chances, cette France-là est socialement, économiquement et moralement désavouée. La « société de la connaissance » requiert qu’on se fixe comme objectif l’élévation du niveau de qualification de tous les citoyens. L’école ne peut plus être le lieu où se fixe un destin alors que se développe l’indispensable formation tout au long de la vie.
Ceux qui défendent cette logique sont aveugles au changement. Mais ce n’est pas parce qu’ils ferment les yeux et qu’ils retiennent leur respiration que la société ne change pas.
Ceux qui défendent cette logique défendent, sciemment ou inconsciemment, leurs privilèges et ceux de leurs enfants.
Ceux qui défendent cette logique défendent un statut, une autorité (« je note donc je suis ») dans le déni de la réalité du déclin de tous les programmes institutionnels, alors que depuis longtemps, l’autorité n’est plus affaire de statut mais de compétence professionnelle.
Georges Lapierre, responsable du Sni, résistant disparu en déportation, écrivait : « Sous peine de faillite, l’éducateur a le devoir de devancer son temps et de se mettre au niveau de la génération qui suit. » Au SE-UNSA, nous n’avons pas la prétention d’y parvenir. Simplement, nous refusons de mener des combats dépassés. Nous prenons en compte la réalité sociale et nous nous inscrivons pleinement dans une logique d’éducation, de formation et d’orientation tout au long de la vie.
Le métier d’enseignant évolue. Un syndicat responsable ne peut laisser les enseignants seuls face à ces évolutions. Il ne doit pas les entraîner dans une « résistance » illusoire et dangereuse pour leurs élèves et pour eux-mêmes. Nos débats d’aujourd’hui ont bien montré que si nous avions tous unis nos efforts pour inventer d’autres modalités d’évaluation en cohérence avec la logique du socle commun plutôt que de rester dans des postures stériles, l’intérêt des élèves aurait été mieux pris en compte.
Un ministre responsable ne peut laisser, lui non plus, les enseignants seuls face aux évolutions. C’est pourtant ce qu’il fait. Le trop célèbre « Débrouillez-vous ! » du ministre précédent est toujours d’actualité. Débrouillez-vous, vous les enseignants, pour concilier l’inconciliable.
Le SE-UNSA votera contre ce projet de nouveau DNB.
Claire KREPPER









Version imprimable