Le travail par compétences est-il la nouvelle toquade imaginée par quelques cerveaux férus de pédagogie ignorant les réalités des établissements ? Est-il la marque d’un renoncement aux objectifs forcément ambitieux d’un savoir, avec un grand s, dispensé aux élèves au travers des différentes disciplines ?
Dans un contexte de morosité où, comme le constate un récent article du Monde, « l’éducation nationale reste sans rêve, sans moteur », ces questions ne manquent pas de pertinence. Et c’est tout le mérite du colloque organisé par le CRAP-Cahiers Pédagogiques que d’avoir réuni près de 200 personnes en novembre dernier à Paris pour en débattre. Les participants ont pu ainsi échanger des réflexions et des expériences, avec ce parti pris féroce que l’actuel traitement infligé à l’école ne pouvait aucunement justifier une quelconque démission devant l’échec scolaire.
Jean-Michel Zakhartchouk (*) s’est efforcé de relier ce projet audacieux « faire acquérir à tous les collégiens un socle commun de connaissances et de compétences » avec cette approche par compétences. Les contours commencent avec l’évaluation. Il est question ici de prendre en compte les progrès individuels de l’élève, de valider ses acquisitions et donc de tourner le dos à ce que André Antibi a appelé la « constante macabre » de l’évaluation où les élèves en difficulté sont stigmatisés dans des classements. Cette approche se caractérise aussi par la possibilité de valider des compétences qui ne le sont pas dans le système actuel, la recherche documentaire, la faculté de faire le tri dans les informations véhiculées sur internet, et de rendre les élèves acteurs de leur propre évaluation. Elle permet aussi de rendre plus explicite auprès des parents les progrès du jeune, en évitant le piège des « usines à cases » pour reprendre l’expression d’une collègue et les ambiguïtés de cette fameuse « moyenne » des notes.
Pour le SE-UNSA, Julien Maraval est revenu sur cette dualité socle commun et compétences en rappelant combien cette idée de « savoir commun » était ancienne, dans le célèbre Plan Langevin-Wallon et inscrite dans les mandats syndicaux, notamment ceux du SNI et de « l’école fondamentale ». La reconnaissance législative du socle en 2005, même tardive, répond à des critères d’humanité, d’équité et de nécessaire cohésion sociale. En dépit de ses imperfections, de ses contradictions et de ses insuffisances, notamment dans le domaine de la formation des enseignants, l’approche par compétences est l’occasion de favoriser un processus d’apprentissage fondé sur le plaisir d’apprendre et non sur la compétition, de donner plus d’équité dans l’acte éducatif et de lutter vraiment pour la réussite de tous les élèves.
Pour le SE-UNSA, le socle commun est une « vieille idée » qui a de l’avenir. Le travail par compétences qui l’accompagne suscite de plus en plus d’intérêt dans la profession comme l’ont constaté les participants.
(*) Auteur d’un recueil de contributions intitulé « Travail par compétences et socle commun » Collection Repères pour agir. Une collection éditée par le CRDP d’Amiens et le CRAP-Cahiers pédagogiques. Voir pédagothèque des dossiers de l’enseignant n°126








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