loupererien
Actuvidéo

Pétition
Opération spéciale
1èreadhésion
Pétition AED MI-SE
 
 
Version imprimable Version imprimable
 
Aide personnalisée : les conditions d’une aide profitable
Article publié le lundi 14 décembre 2009.

Ce document est un extrait, retrouvez l’intégralité de l’interview sur la page suivante.

Sylvie Cèbe, professeure de sciences de l’Éducation à l’université de Genève, répond aux questions du SE-Unsa à propos de l’aide personnalisée, dispositif qui entre dans sa deuxième année d’application.

L’Enseignant : Que pensez-vous de la mise en place de l’aide personnalisée à l’école primaire ?
Sylvie Cèbe : J’en ai si souvent rêvé que j’ai eu envie de voir d’abord l’aide personnalisée comme un « plus » offert aux enseignants. Quand j’étais institutrice en Zep, je me souviens n’avoir jamais eu assez de temps à consacrer aux élèves qui avaient le plus besoin d’école, tant j’étais prise par les pro­grammes à respecter, la gestion du groupe, les projets pédagogiques. Mais au-delà de mon histoire personnelle, cette décision […] me paraît juste et équitable d’abord parce qu’elle porte en creux une définition de la difficulté scolaire comme un phénomène ordinaire qu’on trouve dans toutes les classes ordinaires et qui est donc à la charge des enseignants ordinaires. Elle envoie donc un message fort à la Société : pour les politiques, les vrais spécialistes en matière de difficultés d’apprentissages scolaires ne sont pas les psychologues, les orthophonistes, les pédopsychiatres, les retraités ou les étudiants… mais bien les enseignants ! Il était temps de reconnaître à ces derniers leurs réelles compétences dans le domaine.
On pourrait m’opposer que je prête à ce ministère des intentions qu’il n’avait pas et on aurait sans doute raison. Tout porte à croire que le projet était plutôt sous-tendu par une volonté de faire faire à l’État des économies substantielles par la suppression quasiment simultanée des postes d’enseignants de Rased. Si l’on doit évidemment militer en faveur du maintien des Rased, ça n’est donc pas, selon moi, en rejetant l’aide personnalisée mais bien à l’inverse en la défendant : sa mise en œuvre permet de donner toute leur place aux enseignants spécialisés et à leur professionnalisme. Je pense qu’il est dange-­ reux de confondre les deux dispositifs comme si la mise en place de l’un se faisait au détriment du second parce qu’en soutenant cela, on fait comme si les deux étaient équivalents. Et c’est justement parce que les Rased ont eu trop souvent à concilier les deux types de prise en charge qu’il leur restait trop peu de temps à accorder aux élèves qui avaient le plus besoin d’eux.
Pour finir sur ce point, je déplore que ce dispositif ne se soit pas accompagné d’une politique globale de formation continue. Une fois l’annonce faite à grand renfort de médias, les enseignants ont été laissés à leurs seules ressources. Et nombreux étaient ceux qui savaient combien, dans le domaine de la prise en charge des difficultés scolaires, leurs ressources étaient limitées compte tenu de la brièveté de leur formation initiale et de l’insuffisance des offres de formation continue. Contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là, les critiques, parfois vives dont ce dispositif a fait l’objet, n’étaient pas la marque, chez les enseignants, de leur frilosité, de leur immobilisme mais bien celle de leur professionnalisme : ils étaient tout simplement inquiets de ne pas savoir faire, de ne pas disposer des outils adéquats, bref de ne pas être efficaces… Au fond, ils ne réclamaient qu’une chose : un dispositif d’« aide » !

Ne serait-il pas plus efficace de développer davantage des stratégies de pédagogie différenciée au sein de la classe ?
S. C. : Si la pédagogie différenciée avait dû faire la preuve de son efficacité, elle l’aurait fait depuis longtemps et ça se saurait ! On ne compte plus les heures de formation (initiale et continue) qui lui sont allouées, ni le nombre de publications scientifiques qui en traite. Donc, une chose est sûre, tous les enseignants connaissent parfaitement bien les théories qui la sous-tendent. Or l’observation montre que seule une minorité d’entre eux (les maîtres-formateurs le plus souvent) la mettent réellement en œuvre. Pourquoi ? Parce que cette organisation pédagogique, pour fondée qu’elle soit, est extrêmement difficile à mettre en œuvre : elle suppose que les enseignants soient très au clair sur les acquis de chacun de leurs élèves (donc qu’ils les évaluent très régulièrement), qu’ils procèdent à des groupements ingénieux, qu’ils adap­tent les modalités d’enseignement aux caractéristiques des élèves, qu’ils réfléchissent sur les modes d’organisation sociale favorables aux apprentissages de tous… Alors oui, c’est très difficile (voire impossible) quand on est seul dans sa classe avec trente élèves (qui ne sont pas tous autonomes, loin s’en faut), qu’on doit enseigner plusieurs disciplines au cours d’une même journée, durant une année scolaire, et qu’on doit faire ce métier pendant quarante et un ans.

Propos recueillis par Séverine Schenini

Retour au sommaire de l’Enseignant