Pour une lecture sereine du rapport du COR
Article publié le jeudi 29 avril 2010.
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Le ton excessif du débat actuel sur les retraites est bien loin de la réalité.
Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a examiné cette semaine un rapport actualisant ses prévisions sur les équilibres financiers des régimes de retraite, en fonction notamment de la crise récente.
La publication de ce texte a donné lieu à une déferlante médiatique. Même Le Monde, perdant toute retenue, qui n’a pas hésité à titrer sur les 2 600 milliards d’euros qui vont manquer pour les retraites. Rien que ça… En somme, notre système de retraite serait au bord du gouffre. Certes cela peut correspondre aux intérêts de ceux qui veulent faire avaler des coupes drastiques dans les budgets des retraites, mais nous sommes loin d’une lecture attentive du rapport du COR. Que dit-il en effet ?
Le premier élément tient à l’impact de la crise économique. Il est important à court terme, de l’ordre de 20 milliards d’€ et mettra du temps à se résorber. C’était une évidence, la crise ne pouvait pas passer sans incidences. La seule question qui se pose reste par contre de savoir qui en paiera les conséquences. Est-ce à ceux, système bancaire et financier en tête, qui ont précipité par des manœuvres spéculatives cette crise mondiale ? Est-ce aux salariés qui, victimes de la baisse du pouvoir d’achat, les délocalisations, le chômage et la précarité, en feront les frais sur leur future retraite ?
Le second enseignement tient à la réalité du financement des systèmes de retraites. Le ratio démographique ne va cesser de décliner (d’1,8 cotisant par retraité en 2008 à moins d’1,2 en 2050), les déficits vont se creuser. Ainsi, en 2015, le besoin de financement de tous les régimes de retraite confondus (régime général, fonctionnaires, régimes spéciaux, complémentaires) serait de 40 milliards (32 dès 2010).
En jouant sur le seul levier de l’âge de départ en retraite, il faudrait repousser de 6 ans l’âge effectif de départ en retraite d’ici 2020. C’est-à-dire le porter à 66,6 ans... Irréalisable…
Ces chiffres percutent le choix gouvernemental de ne pas augmenter les prélèvements ni les cotisations (sociales ou patronales) pour financer les retraites. En refusant d’examiner la possibilité d’augmenter les recettes, le gouvernement engage une réforme idéologique et s’interdit donc de résoudre durablement la question du déficit des retraites. Une lecture attentive et précise du rapport du COR mériterait d’être faite au prochain conseil des ministres.