Notre déplacement à Tanger a une nouvelle fois été l’occasion d’aller à la rencontre des personnels du premier comme du second degré, d’échanger directement avec eux sur leurs conditions de travail et leurs préoccupations, mais aussi de rencontrer la direction afin d’aborder, en plus des problématiques locales, les enjeux auxquels sont confrontés les établissements en gestion directe.

Ces rencontres de terrain sont essentielles : elles permettent de confronter les problématiques générales du réseau AEFE aux réalités vécues quotidiennement dans les établissements et de faire remonter les difficultés rencontrées par les collègues.

L’école Berchet sort d’importants travaux de consolidation de sa structure. Si ces travaux étaient nécessaires, certaines difficultés demeurent néanmoins, notamment en raison du nombre et de l’organisation des locaux disponibles.

Le nombre de salles de classe est insuffisant au regard du nombre d’élèves accueillis. Certains espaces sont donc utilisés comme salles de classe alors qu’ils avaient initialement une autre fonction.

La situation est particulièrement révélatrice pour les plus jeunes élèves : aucun dortoir ne peut être exclusivement consacré à la sieste. Les matelas doivent être installés puis retirés afin que le même espace puisse également être utilisé comme salle de motricité.

Dans le même temps, deux nouveaux bâtiments modulaires de type Algeco ont été installés dans la cour afin d’accueillir une cantine. Il s’agit de répondre à une demande importante des familles, l’école ne disposant jusqu’ici d’aucun service de restauration scolaire.

Cette situation peut sembler paradoxale au regard des inquiétudes concernant l’évolution future des effectifs. Cette année, 22 élèves pourtant inscrits ne se sont finalement pas présentés à la rentrée. Dans ce contexte, la possibilité de fermetures de classes dans les prochaines années suscite des interrogations.

Des bâtiments anciens et des travaux difficiles à mener

L’école Berchet, construite en 1917, et le lycée Regnault, construit en 1913, occupent des bâtiments anciens et classés. Malgré les importants travaux de consolidation réalisés à Berchet, plusieurs difficultés matérielles subsistent. Certaines fenêtres, notamment, ne ferment pas correctement.

La réalisation des travaux nécessaires se heurte à plusieurs difficultés. L’architecte mandaté avait cessé de donner des nouvelles et les entreprises sollicitées ne se présentent pas toujours. À cela s’ajoutent les contraintes administratives liées au statut d’établissement en gestion directe : certaines procédures et signatures doivent remonter jusqu’au siège de l’AEFE en France, ce qui complexifie et ralentit les interventions.

Les travaux de consolidation ont par ailleurs endommagé des câbles électriques. Une nouvelle phase de travaux devrait toutefois pouvoir être engagée début octobre. On peut regretter que ces interventions n’aient pas pu être réalisées simultanément avec les travaux de consolidation.

Plus largement, cette situation pose une nouvelle fois la question de la capacité des EGD à financer et programmer les investissements immobiliers nécessaires, notamment dans un contexte où ils ne disposent pas des mêmes possibilités de recours à l’emprunt.

Face aux dysfonctionnements constatés dans les locaux, nous avons rappelé aux collègues l’importance de signaler les problèmes rencontrés, notamment par l’intermédiaire des fiches SST. Ces signalements permettent de laisser une trace des difficultés et de faire remonter tout problème susceptible d’affecter la santé ou la sécurité des personnels comme des élèves.

Une concurrence de plus en plus forte entre établissements

La question de l’attractivité de l’établissement se pose également dans un environnement scolaire particulièrement concurrentiel.

Les établissements partenaires du réseau AEFE constituent une offre alternative pour les familles et disposent parfois de locaux plus récents ou plus attractifs.

L’homologation récente de l’établissement Paul Valéry renforce encore cette concurrence locale. Cette homologation a notamment été accompagnée par d’anciens personnels des établissements en gestion directe Berchet et Regnault.

Dans ce contexte, l’état des bâtiments de Berchet ne constitue évidemment pas un atout pour l’établissement. La question immobilière dépasse donc les seules conditions matérielles d’enseignement : elle participe aussi directement à l’attractivité de l’établissement et, à terme, à l’évolution de ses effectifs.

Lors de notre entretien avec Mme la proviseure et Mme la secrétaire générale, nous avons également abordé l’offre de formation proposée aux élèves.

À notre question sur l’absence de voie technologique, plusieurs explications ont été avancées : une demande actuellement insuffisante des familles, l’absence de matériel adapté et la nécessité de disposer de personnels spécifiquement recrutés pour ces filières.

L’expérience récente du BTS illustre ces difficultés. Ouvert il y a peu, celui-ci a finalement dû fermer alors que seuls quatre élèves y étaient inscrits.

La question de l’enseignement de l’arabe a également été évoquée. Malgré un nombre important d’heures d’enseignement, le niveau constaté chez les élèves reste faible. L’une des explications avancées tient à l’écart important entre l’arabe littéraire enseigné à l’école et la langue arabe parlée quotidiennement par les élèves.

Le faible nombre d’élèves choisissant de s’inscrire au BFI constitue également un élément de réflexion sur cette offre.

Les personnels de droit local confrontés à des situations particulièrement difficiles

Les échanges avec les collègues ont également permis de faire ressortir une problématique très spécifique concernant certains personnels de droit local arrivant à l’âge de 60 ans.

L’âge légal de départ à la retraite au Maroc peut conduire au non-renouvellement de leur contrat à cet âge. Pour les personnels qui ont également acquis des droits en France mais ne peuvent pas encore les liquider, cette situation peut créer une période particulièrement difficile entre la fin du contrat et l’ouverture de leurs droits à retraite en France.

Une collègue a engagé une procédure judiciaire sur cette question et le contentieux est actuellement en cours.

Cette situation mérite une attention particulière. Depuis plusieurs années, nous demandons l’ouverture d’un groupe de travail consacré aux droits sociaux, la question devient notamment urgente pour les personnels qui s’interrogent sur leurs possibilités de poursuivre leur activité jusqu’à l’ouverture effective de leurs droits à la retraite. 3 personnes sont concernés dans les 3 ans à venir sur Tanger. Le prochain travail de révision du RIT doit impérativement prendre en compte la diversité des parcours et des situations individuelles. Aucun collègue ne doit se retrouver sans solution en raison d’un cadre qui n’aurait pas anticipé sa situation.  Derrière les différences entre les législations nationales se trouvent des personnels qui peuvent être confrontés à des ruptures importantes de revenus et de droits., 

Evaluation des PDL: chacun doit rester dans son rôle

Depuis la suppression de l’avancement par promotion des PDL, un travail de refonte des grilles a été engagé afin d’adapter le RIT à la nouvelle situation. Pour le SE- UNSA les choses doivent être claires: les directeurs doivent rester dans le cadre de l’entretien annuel quel que soit le statut (enseignant, ASEM, administratif,…)prévu par le RIT et non pas une visite en classe ou derrière un ordinateur. Une évolution vers un rôle d’évaluation pédagogique ne peut se faire sans cadre clairement défini. 

AVS : des personnels indispensables mais sans protection suffisante

Autre difficulté importante évoquée lors de notre visite : la situation des accompagnants des élèves en situation de handicap.

À l’étranger, les AVS sont à la charge des familles. À Tanger, certaines ne seraient pas déclarées par les familles qui les emploient.

Elles peuvent ainsi se retrouver à exercer quotidiennement au sein de l’établissement sans bénéficier des droits et de la protection sociale normalement attachés à un emploi déclaré.

Cette situation interroge plus largement les conditions dans lesquelles l’inclusion scolaire est mise en œuvre dans les établissements français à l’étranger. On ne peut pas promouvoir une école inclusive sans s’interroger parallèlement sur le statut et la protection des personnes qui accompagnent au quotidien les élèves qui en ont besoin.

Des préoccupations qui dépassent largement Tanger

Au-delà des problématiques propres aux établissements de Tanger, nos échanges avec les collègues ont également porté sur les sujets qui préoccupent actuellement les personnels dans l’ensemble du réseau.

La réforme de l’avantage familial a notamment suscité de nombreuses questions. Les modalités de calcul de son montant doivent évoluer et l’âge limite de versement doit être abaissé : alors que l’avantage familial pouvait jusqu’à présent être versé jusqu’aux 21 ans de l’enfant, cette limite passe à 20 ans.

Cette réforme inquiète les personnels concernés, tant par ses conséquences financières que par les interrogations qui demeurent sur ses modalités précises d’application. Pour le SE-Unsa Hors de France, une évolution de l’avantage familial ne peut avoir pour objectif de réaliser des économies sur le dos des personnels. Son montant doit rester en adéquation avec les charges réellement supportées par les familles et les conséquences de toute modification doivent être clairement évaluées et expliquées.

La question des détachements reste également au cœur des préoccupations. Les échanges ont montré que les collègues ont encore besoin d’éclaircissements sur les différences entre une situation de détachement et une mise en disponibilité, notamment sur leurs conséquences respectives en matière de carrière, d’avancement, de retraite et de droits.

Nous avons une nouvelle fois rappelé notre opposition au principe d’une durée limitée du détachement, qui fragilise les parcours professionnels et personnels des collègues et ne permet pas de construire sereinement une carrière à l’étranger. À cela s’ajoutent les inquiétudes concernant le devenir des personnels relevant encore de l’ancien statut de résident, dans un contexte où les suppressions de postes de détachés interrogent directement la pérennité de ces emplois.

Les questions de carrière et d’avancement ont également occupé une place importante dans les échanges. Les collègues nous ont notamment interrogés sur les passages à la hors-classe et à la classe exceptionnelle. Beaucoup expriment aujourd’hui un manque de lisibilité sur les modalités de promotion et souhaitent pouvoir comprendre pourquoi ils sont ou non promus.

Depuis la suppression de la compétence des commissions administratives paritaires en matière de promotion, les organisations syndicales ne disposent plus des mêmes possibilités d’examiner collectivement les tableaux d’avancement et d’apporter aux collègues les explications qui pouvaient auparavant leur être données. Dans ce contexte, les personnels attendent de l’administration davantage de transparence et d’informations sur les règles appliquées et sur leur situation individuelle.

Pour le SE-Unsa Hors de France, les personnels ne peuvent pas devenir la variable d’ajustement des contraintes budgétaires ou administratives de l’Agence. Sécuriser les détachements, préserver les emplois, garantir des parcours professionnels lisibles et permettre aux collègues de comprendre leurs perspectives de carrière doivent rester des priorités.

Être sur le terrain pour écouter et agir

Cette visite à Tanger a une nouvelle fois montré tout l’intérêt de nos rencontres dans les établissements. Elles permettent d’entendre directement les collègues, de répondre à leurs interrogations, mais également d’identifier des problématiques très locales qui peuvent parfois difficilement remonter autrement.

Locaux vieillissants, investissements difficiles à réaliser, concurrence entre établissements, évolution des effectifs, protection des personnels de droit local, accompagnement des élèves en situation de handicap, avantage familial, détachements ou déroulement de carrière : derrière chacune de ces questions se trouvent les conditions de travail des personnels, leurs droits et les conditions d’accueil et d’apprentissage des élèves.

Pour le SE-Unsa Hors de France, défendre le réseau passe aussi par la capacité à donner aux établissements les moyens humains et matériels nécessaires à leur fonctionnement et à garantir les droits de l’ensemble des personnels, quel que soit leur statut.

Nous tenons enfin à remercier les nombreux collègues qui se sont déplacés pour venir à notre rencontre et participer aux échanges.

Un immense merci également à Cécile et Stéphane, nos correspondants locaux, pour une organisation sans faille et pour leur accueil toujours aussi chaleureux – particulièrement apprécié en cette période de canicule !

Merci enfin à Sophie, notre correspondante de Casablanca, qui a fait le déplacement jusqu’à Tanger. Sa disponibilité, sa gentillesse et la précision de ses réponses ont été particulièrement précieuses pour les collègues, notamment pour toutes les questions concernant les personnels relevant du droit local.

Ces moments d’échange, de disponibilité et de convivialité sont aussi ce qui donne tout son sens à notre présence sur le terrain.


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