Le rapport publié le 31 août 2026 par la Cour des comptes sur la politique française de promotion internationale de la francophonie vient confirmer ce que le SE-UNSA Hors de France dénonce depuis le lancement du « Cap 2030 » : cet objectif présidentiel, annoncé en grande pompe le 20 mars 2018, ne repose sur aucune base sérieuse et n’a produit aucun résultat à la hauteur des ambitions affichées.
Un constat sans appel
La Cour est formelle : l’objectif de doublement des effectifs scolarisés dans le réseau de l’AEFE d’ici 2030 « ne repose sur aucune projection sérieuse ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : quand la croissance annuelle des effectifs aurait dû atteindre 6 %, elle a péniblement atteint 1,5 % sur la période 2018-2025. À ce rythme, l’objectif final de 700 000 élèves relève, selon les mots mêmes de la Cour, de l’irréalisme.
Le SE-UNSA Hors de France prend amèrement acte de cette confirmation institutionnelle : depuis huit ans, nos collègues sur le terrain vivent les conséquences concrètes d’une politique d’affichage déconnectée des réalités humaines et budgétaires du réseau.
Des engagements non tenus envers les personnels
Ce que la Cour documente froidement en statistiques, nous le vivons au quotidien dans les établissements : l’engagement de 2019 de détacher 1 000 agents titulaires supplémentaires d’ici 2030 est un mirage. Pire, le nombre de supports budgétaires de détachés ne cesse de reculer d’année en année. Cette baisse continue des moyens humains titulaires fragilise directement les conditions de travail des personnels et la qualité de l’enseignement dispensé, pendant que l’on continue d’exiger du réseau qu’il « pense grand ».
Une gestion sans pilotage par les résultats
Le rapport souligne également l’absence criante de données fiables permettant d’évaluer l’efficacité réelle des moyens engagés. Le SE-UNSA Hors de France dénonce depuis longtemps cette logique de communication politique privilégiée à une véritable évaluation des besoins et des résultats. Comment justifier de nouveaux objectifs ambitieux quand l’administration elle-même reconnaît être incapable de mesurer l’impact de sa propre politique ?
À cela s’ajoute une situation budgétaire de l’AEFE que la Cour qualifie d’« aiguë » : hausse mal anticipée de la masse salariale, tension sur la trésorerie, dépenses de fonctionnement en baisse. Une situation qui pèse in fine sur les personnels et les familles.
Nos revendications
Le SE-UNSA Hors de France demande :
- L’abandon officiel de l’objectif chiffré et irréaliste du Cap 2030, et son remplacement par une trajectoire réellement construite sur des projections sérieuses ;
- Le rétablissement d’une trajectoire ascendante du nombre de personnels détachés, condition indispensable à l’attractivité du réseau ;
- Une véritable politique de fidélisation et de reconnaissance des personnels en poste, plutôt qu’une course perpétuelle à l’expansion ;
- La mise en place, sans attendre 2028, d’un dispositif transparent de suivi et d’évaluation associant les organisations représentatives des personnels ;
- Un effort budgétaire réel pour l’AEFE, à la hauteur des ambitions affichées par les plus hautes autorités de l’État.
Huit années après le lancement du Cap 2030, il est temps de tirer les conséquences de cet échec annoncé plutôt que de continuer à maintenir artificiellement un cap dont la Cour des comptes elle-même recommande la révision à la baisse. Le SE-UNSA Hors de France restera vigilant et exigeant pour que les personnels de l’enseignement français à l’étranger ne soient pas, une fois de plus, la variable d’ajustement d’une politique dont les objectifs n’ont jamais été sérieusement pensés.