À l’occasion de notre déplacement à Londres, nous avons pu nous rendre sur l’ensemble des sites du Lycée français de Londres et de ses annexes. Ces visites nous ont permis d’échanger directement avec les personnels sur leurs conditions de travail, leurs préoccupations et les évolutions qui se dessinent pour les prochaines années.

Le SE-Unsa Hors de France remercie chaleureusement l’ensemble des collègues pour leur accueil, la richesse des échanges et leur confiance.

Deux sujets ont très largement dominé les discussions : le projet de généralisation du parcours bilingue avec une organisation en parité horaire et les conséquences de la réforme de l’avantage familial.

A/ Parcours bilingue et parité horaire : oui à l’ambition pédagogique, non à une réforme qui se ferait au détriment des personnels !

Les personnels du premier degré ont reçu cette semaine un message faisant état d’un projet visant à harmoniser progressivement les parcours proposés sur les différents sites du Lycée français de Londres. Cette évolution intervient notamment dans le contexte de la fin des partenariats à Wix et Marie d’Orliac. Elle répond également, selon l’administration, à la volonté de développer davantage les parcours bilingues, d’harmoniser l’offre pédagogique et de répondre aux exigences de l’AEFE en matière de parcours linguistiques, notamment avec l’introduction d’une troisième langue. Nous avons pu aborder ce projet avec différents interlocuteurs : COCAC, directions et inspection.
Pour le SE-Unsa, l’objectif pédagogique ne peut cependant pas justifier n’importe quelles modalités de mise en œuvre. Une transformation de cette ampleur doit être construite avec les personnels, tenir compte de la réalité de chaque site et s’accompagner des moyens humains nécessaires. Les nombreuses interrogations exprimées par les collègues sont parfaitement légitimes.

  1. L’emploi doit être une ligne rouge

La généralisation de la parité horaire interroge nécessairement les besoins en personnels et pourrait avoir des conséquences sur la carte des emplois. Tous nos interlocuteurs se sont voulus rassurants et nous ont indiqué que cette réorganisation n’avait pas vocation à conduire à un plan social. Nous prenons acte de ces engagements. Mais nous serons extrêmement vigilants. Pour le SE-Unsa, aucune ambiguïté n’est possible : une réforme pédagogique ne doit jamais devenir le prétexte à supprimer des postes ou à réduire les moyens humains. Les personnels font vivre quotidiennement ces établissements. Ils ne doivent pas devenir la variable d’ajustement d’une nouvelle organisation.

  1. Pourquoi vouloir aller aussi vite ?

Nous comprenons la nécessité d’apporter rapidement des réponses aux familles de Wix et Marie d’Orliac, directement concernées par la fin des partenariats actuels et par la préparation de la rentrée 2027. En revanche, nous ne comprenons pas l’empressement à engager simultanément l’ensemble des autres sites dans cette transformation. Pour le SE-Unsa, une autre méthode est possible : mettre en œuvre le nouveau dispositif à Wix et Marie d’Orliac, l’évaluer sérieusement, écouter les personnels qui le feront vivre et tirer les enseignements de cette première année avant d’envisager sa généralisation.
Pourquoi imposer immédiatement un modèle à tous quand il est possible de s’appuyer sur l’expérience du terrain pour construire un dispositif plus solide ?
Expérimenter, évaluer, concerter puis adapter : voilà la méthode que nous défendons.

  1. Pas de calendrier uniforme imposé aux sites

À ce stade, aucune temporalité précise de généralisation ne semble définitivement arrêtée. Nous avons insisté sur un principe essentiel : les sites ne sont pas interchangeables. Effectifs, locaux, équipes, profils des élèves, organisation pédagogique : les réalités diffèrent fortement d’un établissement à l’autre. Il serait donc incompréhensible d’imposer partout le même calendrier et les mêmes modalités. L’administration s’est engagée à proposer, lors de la réunion de mardi prochain, des temps de concertation site par site afin d’examiner les modalités de mise en œuvre. Plusieurs hypothèses sont aujourd’hui envisagées et, contrairement à ce que le message adressé aux personnels pouvait laisser penser, aucune organisation définitive n’aurait encore été arrêtée.

Pour nous, c’est très clair : la concertation doit intervenir avant les décisions, pas après.

  1. Des effectifs compatibles avec la parité horaire

La parité horaire nécessite davantage de coordination et une organisation pédagogique particulièrement exigeante. Sa généralisation ne peut donc pas être envisagée sans poser préalablement la question des effectifs par classe. Le SE-Unsa demande que des seuils adaptés soient clairement définis, avec une vigilance particulière concernant les classes à double niveau. On ne peut pas demander davantage de différenciation, de coordination et de suivi des élèves tout en maintenant des classes surchargées.
La réussite de ce projet dépendra directement des moyens accordés aux équipes. Sans amélioration concrète des conditions d’apprentissage des élèves et des conditions de travail des personnels, le dispositif risque rapidement de se heurter à ses propres limites.

  1. Le temps de concertation est du temps de travail

Les collègues qui connaissent déjà la parité horaire le savent : cette organisation est particulièrement chronophage. Préparation commune, harmonisation, suivi des élèves, échanges entre enseignants, programmation des apprentissages : tout cela demande du temps. Nous avons donc rappelé une exigence simple : les obligations réglementaires de service doivent être respectées. La concertation indispensable au fonctionnement du dispositif ne peut pas reposer sur le temps personnel des enseignants. L’administration nous a indiqué que les moyens humains nécessaires seraient mobilisés et que l’introduction d’une troisième langue devrait notamment permettre de dégager des temps de concertation. Nous y serons particulièrement attentifs.
Le dévouement des personnels ne peut pas constituer le moyen humain supplémentaire d’une réforme. Chaque fois que nous constaterons une surcharge de travail, nous la signalerons et demanderons les ajustements nécessaires.

  1. Deux classes, mais quelle responsabilité ?

La parité horaire soulève également une question essentielle de responsabilité. Dans ce type d’organisation, un enseignant du premier degré peut être amené à intervenir auprès de deux groupes issus de deux classes différentes. Il est indispensable que les responsabilités de chacun soient clairement définies avant la mise en œuvre du dispositif. Un enseignant ne peut pas être considéré comme responsable simultanément de deux classes.
Cette organisation pose également la question de la reconnaissance professionnelle et financière du travail supplémentaire induit. Par le passé, l’AEFE avait refusé le doublement de la part de l’ISAE au motif qu’un tel dispositif n’existait pas en France. Nous lui rappellerons donc que la parité horaire telle qu’elle est organisée dans le réseau n’existe pas davantage dans les écoles françaises en France. Si l’Agence souhaite l’adhésion et l’investissement des personnels dans ces projets, elle doit aussi reconnaître les contraintes particulières qu’ils entraînent.
Des responsabilités et une charge supplémentaires doivent conduire à une véritable reconnaissance professionnelle et financière.

  1. Aucun élève ne doit être laissé de côté

Nous avons également alerté sur la situation des élèves rencontrant déjà des difficultés dans les parcours bilingues. Développer l’enseignement bilingue peut constituer une ambition pédagogique, mais celle-ci ne doit jamais conduire à oublier les besoins individuels des élèves. Il faudra donc prévoir des réponses concrètes pour les élèves en difficulté, les élèves à besoins éducatifs particuliers et ceux qui intègrent le dispositif en cours de cursus, parfois sans avoir suivi auparavant un parcours bilingue.
La réussite du projet ne pourra pas être évaluée uniquement à travers son attractivité auprès des familles : elle devra aussi l’être à travers sa capacité à faire réussir tous les élèves.

  1. Mardi 6 octobre : donnons la parole aux personnels

Nous proposerons mardi matin une réunion d’information syndicale réunissant les enseignants des différents sites. Ce temps permettra de faire un état des lieux précis, site par site, de recueillir les interrogations et propositions des collègues et de porter ensuite leurs demandes auprès des directions.
Nous rappelons que participer à une réunion d’information syndicale est un droit. Chacun doit pouvoir y participer librement dans le respect des dispositions applicables.
Plus nous disposerons de retours précis du terrain, plus nous serons en capacité de défendre efficacement les personnels.

B/ Avantage familial : à Londres, les conséquences que nous redoutions sont déjà là.

Le SE-Unsa Hors de France l’a répété tout au long des derniers mois : la réforme de l’avantage familial ne pouvait pas être imposée à marche forcée sans conséquences graves pour certains personnels et leurs familles.
À Londres, les remontées dont nous disposons sont particulièrement préoccupantes. Certains collègues nous font état de pertes pouvant atteindre entre 12 000 et 15 000 euros par an et par enfant. Derrière ces chiffres, il y a des familles qui doivent aujourd’hui revoir entièrement leur organisation et parfois supporter brutalement plusieurs milliers d’euros de dépenses supplémentaires.
Il faut également tenir compte de la réalité londonienne. Compte tenu notamment du niveau particulièrement élevé des loyers et des contraintes de déplacement, certains personnels n’ont pas toujours la possibilité de résider à proximité de leur établissement d’exercice. La scolarisation de leurs enfants dans d’autres structures peut alors relever davantage d’une contrainte que d’un véritable choix.
C’est précisément pour éviter de telles situations que nous avions demandé un moratoire. Nous demandions simplement du temps : du temps pour informer correctement les personnels, mesurer les conséquences individuelles de la réforme et permettre aux familles concernées de trouver des solutions. Cette demande n’a pas été entendue.
Le SE-Unsa avait également alerté sur les risques psychosociaux susceptibles de découler d’une perte brutale de plusieurs milliers d’euros de pouvoir d’achat, en particulier lorsqu’elle concerne plusieurs enfants d’une même famille.
Quand une réforme ayant des conséquences aussi importantes sur la vie quotidienne des personnels est mise en œuvre malgré les alertes des représentants des personnels, les difficultés qui apparaissent ensuite ne peuvent pas être considérées comme de simples effets secondaires.
Pour le SE-Unsa Hors de France, il est indispensable que l’AEFE mesure désormais précisément les conséquences de ses décisions et apporte des réponses aux personnels les plus lourdement pénalisés.

Nous allons donc adresser aux collègues une enquête destinée à chiffrer précisément les pertes engendrées par la réforme de l’avantage familial à Londres. Ces données seront portées au prochain Conseil social d’administration de l’Agence.

Nous demanderons des réponses sur les situations les plus lourdement touchées et continuerons à porter la nécessité de mesures permettant de protéger les personnels et leurs familles.

Notre ligne est claire

Le réseau peut évoluer. Les organisations pédagogiques peuvent évoluer. Mais ces transformations ne peuvent pas systématiquement reposer sur davantage d’efforts, davantage de contraintes ou davantage de pertes financières pour les personnels.

À Londres comme ailleurs dans le réseau, le SE-Unsa Hors de France continuera donc à défendre :

  • la protection de tous les emplois et des moyens humains à la hauteur des projets annoncés ;
  • une véritable concertation avant toute transformation importante ;
  • des effectifs compatibles avec les ambitions pédagogiques ;
  • le respect des obligations de service et la reconnaissance de tous les temps de travail ;
  • une reconnaissance professionnelle et financière lorsque les missions et responsabilités augmentent ;
  • des mesures concrètes pour les personnels lourdement pénalisés par la réforme de l’avantage familial.

Les personnels de l’AEFE ne sont pas une variable d’ajustement.
Une réforme ne peut réussir durablement que si celles et ceux qui devront la faire vivre sont écoutés, respectés et accompagnés.
Le SE-Unsa Hors de France sera présent pour y veiller et pour porter la voix des collègues.

 


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