• Tour d’actualité : un réseau sous tension, des personnels trop souvent en première ligne

L’été aura une nouvelle fois rappelé combien le réseau de l’enseignement français à l’étranger reste exposé aux crises géopolitiques, sécuritaires et climatiques. Et, derrière chaque décision prise au nom de la sécurité ou de la diplomatie, ce sont d’abord des personnels, des familles et des parcours professionnels qui sont directement concernés.

Des personnels confrontés à des situations de plus en plus brutales

La Colombie a notamment été touchée par un séisme qui a affecté les établissements de Cali et de Pereira. La mobilisation des comités de gestion, avec l’appui de l’ambassade, a permis de préparer la réouverture des établissements dans les meilleures conditions possibles.

Au Burkina Faso, au Mali et en Iran, c’est la dégradation de la situation politique et sécuritaire qui a conduit les autorités françaises à réduire leur présence d’agents publics afin de limiter leur exposition aux risques. Ces décisions ont des conséquences très concrètes pour les personnels détachés et résidents comme pour les établissements. Derrière les décisions diplomatiques et administratives, ce sont des collègues, des familles et des projets de vie qui sont directement impactés.

Au Burkina Faso, la rupture des relations diplomatiques a conduit au retrait de l’ensemble des agents publics français présents dans le pays. Pour les personnels concernés, la brutalité de cette décision a été vécue comme un véritable choc. Rien ne laissait présager une telle issue : aucun ordre d’évacuation n’avait été donné et la plupart des collègues avaient simplement quitté le territoire pour leurs congés, avec l’intention de retrouver leur établissement à la rentrée. En quelques semaines, des situations professionnelles et familiales ont été profondément bouleversées.

Au Mali, la dégradation de la situation avait déjà conduit au retour d’une partie des personnels au cours de l’année scolaire précédente et l’avenir du dispositif était devenu incertain. Face aux menaces qui pèsent sur le pays, y compris à Bamako, les autorités françaises ont décidé de réduire le format du poste et de rapatrier l’ensemble des personnels détachés, à l’exception du proviseur et du proviseur adjoint. Leur maintien pourrait lui-même être remis en cause si la situation venait à se dégrader davantage.

En Iran, l’exposition des agents demeure particulièrement forte et les conditions de sécurité sont de plus en plus difficiles à garantir. L’Agence a fait le choix de maintenir l’établissement ouvert pour cette rentrée. Cette décision pourra être réévaluée immédiatement si la situation sécuritaire ou les relations bilatérales venaient à se dégrader. La sécurité des personnels doit rester la priorité.

Accompagnement des personnels : des réponses encore insuffisantes

L’Agence, avec l’appui du ministère de l’Éducation nationale, s’est mobilisée pour accompagner les collègues concernés dans leurs démarches. Mais, à ce jour, de nombreux personnels n’ont toujours pas obtenu de réponse définitive à leur demande, qu’il s’agisse d’une affectation dans un département ou une académie ou d’une demande de mise en disponibilité.

Il est inconcevable que des agents publics, rapatriés ou contraints de quitter leur poste pour des raisons de sécurité décidées par l’État, puissent se retrouver en difficulté et contraint à des réintégrations brutales dans des territoires où ils n’ont plus aucune attache.

Autre sujet de préoccupation, le dédommagement des personnels résidents contraints de rentrer précipitamment. Ces collègues n’ont pas choisi cette situation. Ils ont subi une décision résultant de l’évolution de la situation diplomatique et sécuritaire. Il serait donc profondément injuste de leur faire supporter seuls les conséquences financières de ce retour.

L’UNSA ne laissera pas ce sujet être oublié. Lors du prochain conseil d’administration de l’Agence, nous porterons donc une demande claire : la mise en place d’une prise en charge exceptionnelle des frais engagés par les personnels résidents concernés par ces retours précipités.

  • Établissements conventionnés : préserver le réseau, mais pas au détriment des personnels

À la fin de l’année dernière, très peu d’établissements avaient signé l’avenant à la convention : une quarantaine seulement avant la prise de fonction du nouveau Directeur général. Face à cette situation, l’Agence a accordé un délai supplémentaire et relancé les discussions durant l’été.

À ce jour, 115 établissements ont signé l’avenant et 25 sont encore en discussion (nous n’avons pas eu communication de la liste de ces établissements). Pour ces derniers et lorsqu’une solution semblait se dégager, l’AEFE a donné la possibilité de poursuivre les échanges jusqu’au 21 septembre. Au-delà de cette date, l’Agence dénoncera la convention.

Le Directeur général a tenu à rappeler les raisons pour lesquelles l’Agence souhaite parvenir à la signature de ces avenants :

  • pour les personnels, afin de préserver leur statut et leurs contrats ;
  • pour l’Agence, les établissements conventionnés constituant un appui important au fonctionnement du réseau, notamment à travers les IRF, les pôles école inclusive, etc.

Du côté des établissements, les principales préoccupations portent sur la dynamique des contributions, jugée insuffisamment lisible et prévisible, mais également sur la cartographie des emplois, pour être très clair, le nombre de personnels détachés. Certains comités de gestion souhaitent disposer d’un pouvoir de décision sur le nombre d’emplois de détachés. L’Agence a rappelé deux limites : le respect des contrats en cours et le maintien de ressources suffisantes dans les établissements.

Sur ce point, nous resterons particulièrement vigilants. L’Agence entend-elle répondre à certaines demandes des établissements pour préserver le conventionnement, au risque de fragiliser l’emploi des personnels détachés ? Que deviendront alors les postes de détachés lorsque les établissements sortiront du conventionnement ? Les signaux envoyés en matière d’emploi doivent nous alerter. Ils semblent malheureusement s’inscrire dans la continuité des décisions de réduction et de fermeture de postes prises ces derniers mois.

Pour le SE-Unsa Hors de France, la préservation du réseau ne peut pas se faire en fragilisant les personnels.

  • Avantage familial : l’UNSA continue de contester

Le décret actant les modifications décidées sans concertation lors du dernier CSA n’est toujours pas publié. Sa publication est attendue d’ici le début du mois d’octobre. Une information sera alors adressée par l’Agence aux personnels concernés.

Pour rappel, à cette rentrée :

  • les majorations familiales des personnels expatriés D1 et D2 sont alignées sur l’avantage familial des personnels résidents ou D3 ;
  • l’avantage familial est désormais versé jusqu’aux 20 ans de l’enfant, contre 21 ans auparavant ;
  • un certificat de scolarité doit être fourni pour le remboursement des droits de première inscription (DPI).

L’UNSA a contesté ces décisions et continue de dénoncer une méthode qui fait porter le poids de choix budgétaires sur une seule catégorie de personnels.

  • Réforme de l’Agence : des orientations à préciser

La réforme de l’Agence n’a pas, à proprement parler, été abordée lors de cette séquence d’échanges. Plusieurs orientations ou pistes ont toutefois été évoquées.

Parmi elles :

  • la refonte des systèmes de contributions, qui pèsent aujourd’hui lourdement sur les budgets des établissements ;
  • l’évolution du statut des établissements partenaires, avec davantage de souplesse afin de mieux répondre aux besoins et aux réalités locales ;
  • la volonté de s’appuyer sur l’homogénéité du réseau, présentée comme une garantie de qualité et de cohérence.

Ces orientations devront désormais être précisées. Pour l’UNSA Hors de France, toute réforme du réseau doit avoir un objectif clair : garantir un enseignement français à l’étranger de qualité tout en sécurisant les personnels et leurs conditions de travail.

Le réseau ne peut pas reposer sur l’incertitude. Ces crises successives montrent une nouvelle fois la fragilité du réseau et l’exposition particulière de ses personnels.

L’UNSA Hors de France continuera à porter ces revendications avec une ligne claire : aucune décision concernant le réseau ne doit être prise sans que ses conséquences humaines, professionnelles et financières pour les personnels soient pleinement anticipées et assumées.

Alors que la situation se dégrade dans de nombreux pays, il est désormais urgent de renforcer l’anticipation et les dispositifs d’accompagnement. Les personnels ne doivent plus découvrir, du jour au lendemain, les conséquences de décisions prises dans l’urgence.

La sécurité des personnels doit être une priorité. Leur accompagnement doit être à la hauteur. Et la pérennité du réseau ne pourra être garantie sans celles et ceux qui le font vivre.

 


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