Nous avions alerté. Nous avions demandé du temps. Nous avions proposé un moratoire. Rien n’a été entendu. Aujourd’hui, les conséquences de la réforme de l’avantage familial ne sont plus théoriques. Elles arrivent brutalement dans la vie de collègues et de leurs familles. Et pour certains, elles sont catastrophiques.

Au Maroc, des personnels nous signalent des pertes pouvant atteindre 1 500 € par an et par enfant. À Londres, les montants sont sans commune mesure : certaines situations font apparaître des pertes pouvant atteindre 12 000 à 15 000 € par an et par enfant. Derrière ces chiffres, il ne faut surtout pas oublier les personnes.

Il y a des collègues qui découvrent qu’ils vont devoir absorber plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d’euros de dépenses supplémentaires. Des familles qui doivent revoir en urgence la scolarisation de leurs enfants, leur logement, leurs déplacements ou tout simplement l’équilibre de leur budget. Des personnels qui s’interrogent désormais sur leur capacité à rester dans leur pays d’affectation.

Ce ne sont pas de simples « effets de bord » d’une réforme. Ce sont de véritables catastrophes humaines et familiales.

Une violence d’autant plus inacceptable qu’elle était prévisible

Depuis des mois, le SE-Unsa Hors de France alerte l’AEFE sur les conséquences potentielles de cette réforme. Nous avions notamment attiré l’attention de l’Agence sur les risques psychosociaux qu’une perte brutale de plusieurs milliers d’euros de pouvoir d’achat pouvait provoquer. Lorsque plusieurs enfants sont concernés, c’est parfois tout un projet familial construit depuis des années qui se retrouve remis en cause du jour au lendemain.

C’est précisément pour cette raison que nous avions formulé une proposition simple et responsable : un moratoire. Nous ne demandions pas l’impossible. Nous demandions du temps. Du temps pour mesurer précisément les conséquences de la réforme pays par pays et famille par famille. Du temps pour informer correctement les personnels. Du temps pour permettre aux collègues concernés d’anticiper, de rechercher des solutions et, lorsque cela était nécessaire, de réorganiser leur vie familiale.

Ce moratoire aurait permis d’éviter que des personnels découvrent aujourd’hui, dans l’urgence, l’ampleur des conséquences financières qui les attendent. L’Agence a choisi de ne pas nous entendre.

Une absence de communication incompréhensible

À la violence financière de la réforme s’ajoute désormais celle de la méthode. Car jusqu’à la publication du décret, les personnels n’ont bénéficié d’aucune information individuelle leur permettant de mesurer concrètement les conséquences de la réforme sur leur situation.

Cette semaine encore, après le message adressé par l’Agence à la suite de la publication du décret, ce sont nos représentants locaux qui ont dû annoncer à certains collègues ce qui les attendait réellement. Comment peut-on accepter qu’une réforme susceptible de bouleverser à ce point la situation financière et familiale de personnels soit mise en œuvre sans qu’ils aient été préalablement informés de ses conséquences concrètes ?

Informer après la publication du décret, lorsque les décisions sont prises et que les familles n’ont pratiquement plus aucune marge de manœuvre, ce n’est pas préparer une réforme. C’est placer les personnels devant le fait accompli.

Et c’est exactement ce que nous voulions éviter en demandant un moratoire.

À Londres, le caractère aveugle de la réforme apparaît au grand jour

La situation londonienne illustre particulièrement l’absurdité d’une réforme appliquée sans tenir suffisamment compte des réalités locales. Avec des loyers extrêmement élevés et des contraintes importantes de déplacement, certains personnels ne peuvent tout simplement pas habiter à proximité de leur établissement d’exercice. La scolarisation de leurs enfants dans une autre structure peut donc être la conséquence directe de leur lieu de résidence et de leurs contraintes professionnelles, et non d’un choix de confort.

Pourtant, les conséquences financières peuvent être considérables. Quand une décision administrative aboutit à faire perdre potentiellement 12 000 ou 15 000 € par enfant et par an à certaines familles, l’employeur ne peut pas simplement considérer qu’il s’agit d’une nouvelle règle à appliquer.

Il doit regarder ce que cette décision produit dans la vie réelle des personnels.

Des économies, mais à quel prix ?

Cette réforme intervient dans un contexte où les personnels subissent déjà les conséquences des choix budgétaires de l’Agence.

L’UNSA l’a dénoncé dès le départ : l’avantage familial ne peut pas devenir une variable d’ajustement budgétaire permettant de réaliser des économies sur le dos d’une catégorie de personnels et de leurs familles.

Nous contestons également l’abaissement de l’âge limite de versement de l’avantage familial de 21 à 20 ans, qui constitue une nouvelle perte de droits pour les personnels concernés.

Une réforme de cette nature aurait dû commencer par une véritable étude d’impact, une information transparente des personnels et un accompagnement des situations les plus difficiles. C’est précisément ce qui n’a pas été fait.

L’AEFE doit maintenant assumer les conséquences de ses décisions

Les difficultés qui apparaissent aujourd’hui étaient prévisibles. Nous les avions annoncées. Le SE-Unsa Hors de France demande donc à l’AEFE de réaliser immédiatement un état des lieux précis des conséquences de cette réforme, pays par pays, et d’identifier les personnels confrontés aux pertes les plus importantes.

L’Agence doit également apporter des réponses concrètes aux situations les plus lourdement pénalisées et prendre pleinement en compte les conséquences humaines et les risques psychosociaux provoqués par cette réforme. Car derrière une ligne budgétaire, un décret ou une nouvelle méthode de calcul, il y a des collègues, des enfants, des familles et des vies construites à l’étranger.

On ne bouleverse pas ces vies du jour au lendemain sans information, sans anticipation et sans accompagnement. Le SE-Unsa Hors de France avait demandé un moratoire pour éviter précisément ce qui se produit aujourd’hui. Il n’a pas été entendu. Il est désormais de la responsabilité de l’employeur de mesurer l’ampleur des dégâts et d’y apporter des réponses.

 


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