Nous nous sommes rassemblés nombreux ce 9 décembre, partout en France et dans nos 4 départements de l’Académie de Poitiers, pour fêter l’anniversaire d’une loi importante de notre Histoire collective. Une loi qui, contrairement à d’autres, n’a pas pris de nom ; ni celui de son rapporteur Aristide Briand, ni de son premier instigateur Emile Combes, ni du président de la commission parlementaire Ferdinand Buisson. Pourtant, ces hommes politiques, républicains, contemporains de Jean Jaurès, ont permis de garantir la liberté de conscience à tous les citoyens de notre pays en rendant l’Etat neutre. En effet, à partir du 9 décembre 1905, toute croyance ou non croyance est considérée comme relevant du domaine privé. L’État considère ainsi tous les citoyens comme égaux quelle que soit leur appartenance religieuse, politique ou philosophique.
Cette loi n’est pas issue de la réflexion de ces quelques hommes. Elle émane d’une construction lente et progressive, qui a parfois subi des retours en arrière, et qui s’est concrétisée auparavant par la laïcisation de l’état civil avec les naissances, les mariages, les décès mais aussi par la laïcisation des hôpitaux et bien sûr, de l’enseignement avec la loi Ferry de 1882 ainsi que la loi Goblet de 1886 qui demande à ce que les personnels soient laïcs.
L’École a toujours été un lieu de conflits d’intérêts entre la République et l’Eglise catholique. Le syndicat national des instituteurs (SNI) dont le SE-Unsa est l’héritier, s’est fondé sur ce principe émancipateur. Les instituteurs, « hussards noirs », ont toujours été de fervents défenseurs de la laïcité et nous sommes aujourd’hui toujours missionnés dans l’article premier du code de l’Education pour transmettre et faire vivre la laïcité dans nos classes au sein des écoles et établissements pour construire des citoyens à l’esprit éclairé.
Au quotidien, le SE-Unsa cherche à promouvoir ce principe auprès de ses adhérents mais plus largement auprès des personnels de l’Education nationale par le biais de l’ensemble de ses syndicats de l’éducation adhérant à notre fédération l’UNSA-Education.
Avec ses partenaires au sein du Comité National d’Action Laïque (CNAL), Les DDEN, la FCPE et La Ligue de l’Enseignement, nous œuvrons à dénoncer les atteintes, les dérives et les instrumentalisations qui en sont faites de plus en plus fréquemment. Chaque jour, par la veille que nous menons, du nord au sud et d’est en ouest de notre pays, des articles de presses, des infos tenues secrètes et que nous déterrons, nous parviennent et sont autant de preuves d’atteinte à la laïcité. Il ne faut pas croire, 120 ans après la promulgation de cette loi, que le combat est terminé et même nous devons redoubler de vigilance quand nos sociétés se radicalisent et que des relents de peste brune s’invitent dans les discours parfois au plus haut sommet de l’état. Tous les jours, ces atteintes faites à la laïcité viennent davantage brouillées les discours, les positions à tenir, les postures et les comportements. La loi est simple et claire. Nous ne devons pas transiger sur son contenu et nous ne devons rien lâcher sur sa stricte application.
Jean Jaurès disait : « La laïcité, c’est la République qui se porte au secours de la liberté de pensée. » Cette phrase n’a jamais été aussi actuelle. La laïcité reste « le » rempart indispensable. Parce que nous vivons dans une société traversée par des divisions, des replis, des manipulations politiques. Face à ces tensions, la laïcité protège. Elle protège les consciences. Elle protège les libertés. Elle protège nos écoles contre les communautarismes, les injonctions religieuses ou identitaires, et toutes les influences qui viendraient altérer le vivre ensemble, la mixité et la cohésion sociale.
Et puis la laïcité, c’est un outil d’égalité et de fraternité. Elle garantit que chaque enfant sera accueilli de la même manière. Dans ma classe, quand je vois Ilyana, Liam, Selma ou Sohan s’asseoir côte à côte sans se demander qui croit quoi, alors je me dis que la laïcité n’est pas qu’un principe : c’est également leur sourire, c’est leur plaisir de jouer ensemble malgré leurs différences, c’est leur devoir de s’assoir les uns à côté des autres pour apprendre ensemble et vivre une culture commune. C’est leur chance de grandir ensemble. C’est ce qui leur permettra demain d’être des adultes libres, responsables et respectueux de la différence et de la diversité.
Nous avons collectivement lors de cet anniversaire et à travers toutes les actions, réaffirmé en cette journée, en fêtant ses 120 années, que la loi de 1905 est toujours essentielle et d’actualité. Elle doit être défendue collectivement et (ré)expliquée pour ce qu’elle est : une loi de libertés qui permet aussi l’égalité et la fraternité entre tous et pour tous qui sont les 3 valeurs pivots de notre République. République qui doit l’épanouissement par l’éducation, la santé par son hôpital, le soutien à la famille par l’aide social, et l’accompagnement du parcours professionnel par l’assurance chômage et les régimes des retraites.
L’UNSA éducation et ses syndicats de l’éducation n’ont pas peur de porter haut la laïcité à la française, la constitution nous soutien dans notre démarche de défense de cette valeur essentielle. N’ayons pas peur de tordre le cou à tous ceux qui salissent cette valeur par des propos ou des positionnements indignes à notre constitution et irrespectueux du cadre de la loi que nous avons fêter ce 9 décembre.
Le 9 décembre 1905, la République a fait un pari audacieux : séparer pour mieux unir. 120 ans plus tard, ce pari repose sur nous, sur notre capacité à tenir ce cap et à le transmettre. Célébrons comme il se doit cette valeur républicaine qui nous permet d’être encore plus libre et égaux en droit.