Depuis plusieurs mois, des décisions, des déclarations et des prises de position dessinent une même trajectoire : un brouillage progressif entre service public d’éducation et enseignement privé sous contrat. Pris isolément, chaque épisode peut sembler technique ou circonstanciel. Mis bout à bout, ils révèlent une normalisation silencieuse d’un continuum public-privé qui n’est jamais assumée comme choix politique.
La séquence récente autour de l’inspection en est l’illustration la plus nette. Après l’affaire, l’État a enfin renforcé les contrôles dans le privé sous contrat. Mais au lieu de soutenir clairement celles et ceux qui exercent cette mission, le Secrétariat général de l’enseignement catholique a engagé une offensive publique contre les inspections et leurs méthodes. Dans le même temps, le ministre a publiquement mis l’accent sur des « problèmes de positionnement » de certains inspecteurs, renvoyant ainsi une part de la difficulté sur ceux qui contrôlent. Et c’est dans ce contexte qu’un syndicat du privé s’est félicité de l’ouverture annoncée de l’accès au concours d’IA-IPR aux enseignants du privé sous contrat.
D’autres signaux vont dans le même sens : la contestation de cadres nationaux pourtant obligatoires comme l’EVARS, ou encore des épisodes de dénigrement de l’école publique et de ses personnels qui fragilisent la confiance dans le service public au moment même où il devrait être soutenu. Une frontière claire distingue pourtant le service public d’État des établissements privés. L’effacer progressivement revient à confondre des modèles qui ne relèvent ni des mêmes obligations, ni des mêmes principes, ni de la même finalité. Défendre l’école publique ne consiste pas à opposer des personnes ou des parcours, mais à exiger un État clair sur ses principes, loyal dans le dialogue social et exigeant, voire intransigeant, avec tous ceux qui bénéficient de financements publics.
L’UNSA Éducation, qui s’exprimera également dans le cadre du CNAL, Comité National d’Action Laïque, demande le retrait immédiat de cette mesure. Plus largement, si l’objectif affiché est de répondre aux difficultés de recrutement des corps d’inspection, alors la vraie question mérite d’être posée : l’enjeu n’est-il pas d’abord celui de l’attractivité du métier, de sa reconnaissance et de ses compétences, plutôt que l’élargissement artificiel des viviers ?
L’école publique mérite mieux que des glissements silencieux. À l’heure où les repères se brouillent, nous faisons un choix simple : tenir la ligne de l’école publique, laïque et exigeante, sans détour et sans renoncement.
De futurs inspecteurs issus du privé ? Pour le CNAL, c’est une ligne rouge
Dans un communiqué du 5 février, le SPELC (syndicat des personnels du privé) annonce avoir obtenu du ministre Édouard Geffray l’ouverture des concours d’inspection aux enseignants du privé sous contrat, non fonctionnaires. Un texte serait en préparation. Pour le CNAL, cette revendication constitue une ligne rouge qui ne doit pas être franchie.
Comment justifier un tel accès ? Ces personnels ont fait le choix de ne pas servir l’Etat. Ils exercent dans des établissements relevant d’un système privé, en concurrence avec le service public d’éducation. Un système qui réclame toujours davantage : plus d’argent, plus de droits, moins de contraintes, et in fine moins d’exigences en matière de laïcité et de République…
L’argument avancé par le SPELC : « missions identiques, reconnaissance identique », ne tient pas. Avant de revendiquer l’accès aux corps d’inspection qui recrutent aujourd’hui parmi des personnels ayant exercé dans le public, il faudrait leur rappeler que l’accès aux concours de l’enseignement public leur est garanti.
Aussi, devenir inspecteur ou inspectrice suppose un parcours professionnel attestant d’une connaissance approfondie du service public d’éducation et de ses exigences, au titre desquelles la neutralité s’impose à tout agent public. Aujourd’hui, ce sont les différents corps et métiers du service public qui permettent cet accès à une mission d’expertise qui se doit de garantir cette neutralité.
Le CNAL, dont les syndicats majoritaires des corps d’inspection sont membres par la voix de l’UNSA Education, demande le retrait immédiat de ce projet. Les personnels du privé disposent de la liberté de passer les concours publics et s’ils le souhaitent, au cours de leur carrière, d’accéder à l’ensemble des corps de fonctionnaires.
Paris, le 13 février 2026
Marie-Laure Tirelle, secrétaire générale du CNAL