L’Unsa Education a siégé au Comité Social Académique du 3 février qui a traité des questions des postes et des moyens, en fonction des dotations « descendues » du ministère. Il réunit la rectrice, ses services et les représentants des organisations syndicales.
Il faut reconnaître une forme de constance au pouvoir en place : année après année, il s’efforce de présenter la régression comme une stratégie, et, à intervalles réguliers, sort de son chapeau une « nouvelle réforme » destinée à remplacer la précédente (jetée aux oubliettes).
Dans notre Académie : une nouvelle saignée.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : –272 ETP (équivalent temps plein) à la rentrée prochaine. Pas une erreur, pas un accident, pas une surprise. Une décision politique assumée, maquillée sous l’argument commode de la baisse démographique.
Dans le premier degré, –135 ETP sont supprimés. Traduction : on considère que moins d’élèves suffit à effacer d’un trait les besoins liés à l’inclusion, à la grande difficulté scolaire, au handicap, aux classes chargées et à l’épuisement des équipes. La démographie devient la seule boussole, et tant pis pour la réalité des classes.
Dans le second degré, le tableau est tout aussi alarmant : –118 ETP, dont –108 en collège. L’administration se félicite du maintien du taux d’encadrement. Autrement dit : le collège restera structurellement en difficulté, mais sans empirer trop vite. On ouvre quelques sections LCA, ça ne mange pas de pain : ce n’est pas « financé » en DHG. Voilà donc l’horizon politique proposé aux personnels et aux élèves : ne surtout pas améliorer, juste éviter l’effondrement.
Les lycées généraux et technologiques, eux, perdent –25 ETP à effectifs stables. Preuve supplémentaire que la démographie n’est qu’un prétexte : on sait parfaitement l’ignorer quand il s’agit de supprimer des moyens malgré des besoins constants. La cohérence n’est manifestement pas un critère.
Si les LP semblent préservés avec une création de 15 ETP, ces moyens ne sont pas à la hauteur pour permettre une réelle prise en charge de l’augmentation prévisionnelle des effectifs et des difficultés des élèves.
La « réforme » du moment : « collèges en progrès » (non)
L’innovation phare de l’année mérite une mention spéciale : 800 collèges avec 40% des élèves ayant moins de 8/20 en maths et en français au DNB ont été identifiés nationalement, collèges dits “en progrès”. 37 de ces collèges sont normands. Un changement de vocabulaire suffit désormais à tenir lieu de politique publique. Selon l’institution « la question des moyens n’est pas la porte d’entrée du dispositif »… Comprendre : zéro enveloppe dédiée. On rebaptise la misère, on banalise une journée et on demande aux équipes de « se bouger », et on appelle cela réforme.
Un système qui tient… à pas grand-chose !
Pendant ce temps, les personnels qui permettent au système de tenir debout continuent d’être méthodiquement sacrifiés : –10 ETP administratifs, –3 ETP Jeunesse et Sports, –3 ETP informatiques, –2 ETP personnels de direction.
L’institution teste jusqu’où elle peut désosser les services et l’encadrement, sans que tout s’arrête. Manifestement, la réponse n’est pas encore connue, mais on avance avec méthode.
Conclusion
Moins de postes, aucun moyen nouveau, des dispositifs sans financement, et une communication qui prend les personnels pour des naïfs. Le pouvoir ne se contente plus de gérer la pénurie : il la revend, la rebaptise et l’impose, tout en expliquant qu’il agit.
Ce CSA n’est pas un accident.
C’est un message clair : l’École peut attendre, les personnels aussi.