«Nous sommes attachés à la gestion publique et à la solidarité »
Ce Conseil d’administration s’est ouvert par une déclaration de la sénatrice Samantha Cazebonne missionnée par le premier ministre pour faire des propositions de réforme structurelle de l’AEFE.
Invitée en tant qu’experte au CA elle a pu s’exprimer rapidement : Rien de nouveau sous le soleil. La sénatrice voudrait associer tous les acteurs de l’enseignement français à l’étranger. Mais nous avons le sentiment que les grandes lignes de la réforme sont déjà décidées et qu’il n’y a rien, ou pas grand-chose, à négocier. La préférence sur le détachement direct semble avoir les faveurs de la sénatrice et du gouvernement. C’est un statut low cost qui atomiserait la gestion RH et détricoterait l’agence telle que créé en 1990 s’il est généralisé demain.
Le contexte est tendu : Les familles représentées au CA par leurs trois associations représentatives s’inquiètent de l’avenir du réseau et sont en colère face aux nouvelles mesures financières qui provoquent des hausses de frais localement. Autour de 8 à 10% en moyenne Les personnels sont eux partagés entre l’inquiétude et la volonté de se battre pour l’emploi et l’avenir de ce réseau auquel ils sont attachés.
Les représentants des personnels sont mobilisés : L’UNSA a insisté naturellement lors de ce CA sur la préservation de la gestion publique, l’opposition aux fermetures de postes mais aussi à que les campagnes politiques à venir soient l’occasion de débattre de l’avenir de la diplomatie scolaire. Ceux qui sonnent le tocsin et disent qu’il y a le feu aujourd’hui et qu’il est urgent de réformer se trompent : Le compte financier affiche un résultat excédentaire. Le Conseil d’Administration a donc eu la main lourde en décembre en votant de nouvelles contributions qui mettent en difficulté de nombreux établissements.
Sur l’agenda de réforme : « Nous refusons qu’un gouvernement de fin de règne s’empare à la va vite du sort de notre diplomatie scolaire ». Notre déclaration liminaire le dit clairement.
Principaux éléments de la déclaration de Samantha Cazebonne :
« Il y a une complexité de la mission sur la réforme à cause de la diversité des attentes des acteurs.
Il y a des singularités de gestion du réseau qui créent des injustices. Il y a aussi de la résistance au changement. Avec les représentants syndicaux, deux autres rdv sont prévus pour « bien mettre à l’épreuve les nouvelles propositions. Il faudra des changements rapides du fonctionnement des instances. Revoir le fonctionnement du CA de l’AEFE. Avoir une gouvernance plus participative. La réforme doit faire consensus »
Point d’actualité : Anne Grillo – Directrice générale de la DGM
« Une région est entrainée dans une guerre. Une guerre où le régime iranien porte une très lourde responsabilité. C’est une guerre anticipée et planifiée avec des conséquences très incertaines. La priorité est à la sécurité de nos ressortissants et de nos entreprises. Sur place nous comptons 92 établissements et 80 000 jeunes. Il y a eu une mobilisation totale de l’agence et une mobilisation immédiate. Une coopération très étroite et constante avec le centre de crise. Le MEN a été associé aux cellules de crise également. La réactivité des chefs d’établissements et la solidarité dans le réseau ont prévalu. Il y a eu une urgence à basculer en distanciel »
Les situations des pays du golfe, du Liban, les situations en Israël et Palestine sont évoquées. Le suivi de la situation est constant du côté de l’agence.
L’UNSA tient à apporter tout son soutien aux collègues de la zone. Nous avons adressé un communiqué dans le réseau dès le début de la guerre. Nous sommes en contact avec les personnels sur place pour leur apporter information et soutien et leur exprimer notre écoute et notre solidarité. Nous sommes vigilants sur l’évolution de la situation sécuritaire et faisons de la protection des personnels une priorité.
Suivi des mesures financières adoptées le 13 décembre 2025 – Anne Grillo
« Une réforme profonde de l’opérateur public est programmée. Le modèle conçu il y a 35 ans ne fonctionne plus. Il y a un impératif de redressement des comptes de la Nation. Nous aurions dû prendre des mesures financières plus tôt. Nous avons dû réagir dans l’urgence. Des économies ont été faites au niveau de l’agence en centrale en décembre avec le gel de 18 postes. Il y a eu une remontée de fonds qui étaient bloqués en Chine. Il faut plus de représentativité du CA. Que la voix des familles soit mieux entendue. Il faut que les personnels détachés soient alloués de façon stratégique. Créer des postes de résidents par exemple dans les zones où il n’y a pas de vivier local. Il faut aussi une politique de formation soutenue. Et une politique de contractualisation plus nette avec les établissements. Il faut aussi une réforme qui individualise plus la gestion des EGD. Il nous faut un réseau qui est facteur de paix en période de guerre. Il nous faut des propositions pour avancer » – Anne Grillo Directrice générale de la Mondialisation.
Notre commentaire UNSA : Le déploiement d’effectif dans des zones prioritaires doit se faire sur des contingents nouveaux de postes ou sur la base du volontariat. Nous refusons notamment que l’Europe et ses effectifs servent de poire pour la soif à une nouvelle stratégie et que nos établissements européens subissent des coupes sombres.
La directrice générale de l’agence a fait un point sur les mesures financières et leurs effets :
« Il faut une trajectoire triennale pour avoir de la visibilité. 21 EGD ont déjà connu une évolution des droits de scolarité. Le dialogue de gestion est en train de se terminer. Il y a une hausse moyenne de 8,56% hors Ankara et Buenos Aires. Ou de 10 % en incluant ces deux établissements. Rome et Valence sont dans une situation très fragile et doivent être accompagnés par l’agence spécifiquement. Dans l’immense majorité des cas les organismes gestionnaires ont exprimé leur attachement à la convention. Seuls trois ont exprimé leur volonté de déconventionner. Les mesures d’accompagnement sont en place pour une trentaine d’établissements qui sont les plus fragiles. Avec des échéanciers de paiement des contributions qui peuvent être demandés. Beaucoup d’établissements souhaitent rationaliser le nombre de personnels résidents détachés. Cela doit se faire dans le respect des règles locales. Un nouveau modèle d’accord de partenariat a aussi été soumis aux partenaires » Claudia Scherer-Effosse Directrice générale de l’AEFE
Notre commentaire UNSA : nous sommes intervenus au nom de l’UNSA pour rappeler notre attachement à la gestion publique. Nous souhaitons une politique plus nette de solidarité dans le réseau. Nous souhaiterions que les mécanismes de solidarité envers les établissements soient plus organisés et formalisés et moins le fruit de décision d’opportunité.
En matière d’emploi des résidents nous ne pourrons jamais être d’accord tant qu’il y aura un contingent de détachés gérés avec des règles propres au MEN et qui échappent à la gestion commune.
Le compte financier : Il a été présenté par l’agent comptable principal et par la directrice administrative et financière de l’AEFE.
Il a été rappelé que par rapport aux prévisions budgétaires nous avons connus plusieurs faits « exogènes » :
Une baisse de 39,3 millions d’euros de la subvention pour change de service public
Une hausse du taux de pension civile alourdissant de 10,8 millions cette charge
Des difficultés de transfert ou remontées de fonds vers la France de 37,5 millions
Et pourtant l’agence a connu un quasi équilibre budgétaire : Grâce à 10 millions de remontées de recette de Shanghai, du report sur l’exercice 2026 de 11 millions d’aides à la scolarité, d’une rationalisation des dépenses. Et 3,5 % d’augmentation des frais de scolarité.
Notre commentaire UNSA : les contempteurs de l’agence peuvent aller se rhabiller. Nous avons la capacité à redresser la situation budgétaire alors même que le plan de suppression de 104 emplois ou les hausses de tarifs n’ont pas encore été enregistrées dans le compte financier puisqu’elles concernent 2026.
Les mesures financières décidées au CA du 13 décembre 2025, d’une très courte majorité, ont été prises dans l’urgence mais méritent réexamens et ajustements. L’agence a eu la main lourde. Nous devons donc viser les équilibres de gestion certes, mais préserver au maximum l’emploi et soutenir les établissements en difficulté avec des mécanismes de solidarité plus nets.