Lors du CSA du 9 avril, le Dasen a présenté son projet de carte scolaire.
Malgré des ajustements sur quatre situations, le bilan demeure particulièrement lourd, avec 59 fermetures pour seulement 15 ouvertures. Une telle ampleur est inédite dans le département.
Une baisse démographique instrumentalisée
Le Dasen a largement justifié ses arbitrages par la baisse démographique, qu’il qualifie de structurelle et durable : près de 6000 élèves en moins depuis 2015, dont 1485 attendus dès la rentrée 2026, avec une poursuite annoncée jusqu’à l’horizon 2035 .
Il assume une logique d’anticipation, visant à adapter dès maintenant le réseau scolaire à cette trajectoire, quitte à engager des fermetures sur plusieurs années dans les mêmes écoles.
Le SE-Unsa ne conteste pas cette réalité démographique. En revanche, il conteste fortement l’usage qui en est fait. Cette évolution aurait pu être un levier pour améliorer les conditions d’enseignement : baisse des effectifs par classe, renforcement de l’accompagnement des élèves, notamment les plus fragiles, et consolidation de l’école inclusive. Or, les choix opérés conduisent à neutraliser ces marges de progrès.
De plus, les prévisions avancées apparaissent fragiles. Elles ne prennent pas pleinement en compte les inscriptions en mairie, ni les ajustements en cours d’année, pourtant fréquents. Malgré cela, le Dasen revendique une approche « pragmatique », résumée par une formule révélatrice : « il pleut des élèves ». Une manière de relativiser les remontées de terrain, au risque de décisions déconnectées des réalités locales.
Une logique de gestion à moyens constants
Autre élément structurant : les ajustements à venir, en juin comme en septembre, se feront à moyens constants. Concrètement, chaque ouverture devra être compensée par une fermeture.
Ce principe verrouille toute possibilité d’amélioration nette et installe une gestion strictement comptable des moyens. Il confirme que la carte scolaire 2026 ne constitue pas un point d’équilibre, mais une étape dans un processus de réduction progressive du réseau.
Les PAS (pôles d’appui à la scolarité)
Le Dasen a défendu la généralisation des Pôles d’Appui à la Scolarité (PAS), qu’il présente comme un levier structurant pour améliorer la prise en charge des élèves à besoins éducatifs particuliers et apporter un appui opérationnel aux équipes sur le terrain. Les appels à candidatures sont désormais lancés.
Pour le SE-UNSA, cette création s’opère toutefois à moyens constants, avec une enveloppe de postes largement prélevée sur le premier degré. Concrètement, cela se traduit par un solde négatif de 9 ETP dans le cadre de la carte scolaire, ce qui pèse directement sur les ouvertures et fermetures de classes et dégrade l’équilibre départemental.
Par ailleurs, les modalités d’affectation sur ces nouveaux postes soulèvent des difficultés. Elles entraîneront des affectations à titre provisoire pour les enseignants concernés, tout en gelant leur poste d’origine pendant un an. Ce dispositif introduit une instabilité supplémentaire, fragilise les équipes et nuit à la lisibilité globale du mouvement.
Les fusions
S’agissant des projets de fusion d’écoles, nous avions demandé que les équipes soient pleinement associées aux décisions et réellement placées au cœur du processus. Nous avions également insisté pour que les avis des conseils d’école, lorsqu’ils sont défavorables, soient pris en compte de manière effective.
Sur ce point, le Dasen a infléchi sa position. Le projet de fusion des écoles de Caveirac, pour lequel les conseils d’école s’étaient prononcés défavorablement, est abandonné pour la rentrée 2026.
Des mesures complémentaires à relativiser
Plusieurs mesures accompagnent cette carte scolaire :
- création de 3 ULIS école
- mise en place d’un coordonnateur départemental ULIS
- projet d’implantation d’une UEMA à Bagnols-sur-Cèze
Ces évolutions vont dans le sens d’un renforcement de l’offre pour les élèves à besoins particuliers. Elles restent toutefois marginales au regard de l’ampleur des suppressions de classes et ne compensent pas les effets globaux de la carte scolaire.
Une carte scolaire sous tension
Au-delà des mesures arrêtées, de nombreuses écoles sont placées sous surveillance, à la hausse comme à la baisse, avec des ajustements possibles dès juin.
Dans ce contexte, la carte scolaire 2026 apparaît moins comme un ajustement ponctuel que comme une étape dans une recomposition plus large du réseau scolaire, fondée sur la baisse démographique et contrainte par une enveloppe fermée.
Pour le SE-Unsa, cette orientation appelle une autre réponse : non pas réduire l’École à mesure qu’elle perd des élèves, mais profiter de cette évolution pour améliorer durablement ses conditions de fonctionnement.
Reste à savoir si le ministère et les responsables politiques accepteront d’assumer ce choix : faire de la baisse démographique un levier de progrès… ou un simple outil de réduction des moyens.