Veuillez lire ci-dessous notre déclaration de ce mardi 16 juin à l’instance du Conseil Social Administratif départemental qui réunit organisations syndicales élues et administration. L’ordre du jour portait sur les rythmes scolaires et sur les ajustements de rentrée.

Le Se Unsa des Vosges y a lu la déclaration suivante :

Monsieur le Directeur académique,
Mesdames et Messieurs les membres du CSA-SD,

Nous nous retrouvons aujourd’hui pour examiner une nouvelle étape de la préparation de la rentrée scolaire.

À l’approche de la fin de l’année scolaire, les personnels du premier degré demeurent dans l’attente de nombreuses réponses concernant leur situation à la rentrée prochaine. Alors que les opérations du mouvement ne sont pas achevées, que les affectations des stagiaires restent à venir, que les compléments de service des TRS ne sont pas connus et que les décisions relatives aux temps partiels continuent d’avoir des conséquences importantes sur l’organisation des écoles et sur les collègues concernés, le manque de visibilité demeure une source d’inquiétude pour de nombreux enseignants et directeurs.

Cette situation intervient dans un contexte où les équipes sont déjà fortement sollicitées. Les exigences institutionnelles se multiplient tandis que les moyens restent contraints. Les personnels expriment régulièrement leur lassitude face à l’accumulation des tâches administratives, aux difficultés de remplacement, aux charges liées à l’inclusion scolaire et aux réorganisations successives.

Lors du CSA-SD d’avril, les représentants des personnels ont unanimement rejeté les mesures proposées. Ce vote ne remettait pas en cause le travail des services, dont nous connaissons l’engagement et le professionnalisme, ni le principe même de la carte scolaire. Il exprimait avant tout un désaccord avec le contexte dans lequel cet exercice s’inscrit désormais : celui d’une réduction des moyens alors même que les besoins restent importants dans nos écoles.

Nous connaissons les contraintes qui pèsent sur notre département. Nous savons que les moyens attribués ne permettent pas de répondre à toutes les situations qui mériteraient pourtant une attention particulière. Mais lorsque les moyens manquent, les décisions prises ont des conséquences très concrètes.

Une fermeture de classe n’est jamais un simple ajustement administratif. Elle pèse sur les équipes, sur les conditions d’apprentissage des élèves et sur la capacité des écoles à faire face aux difficultés scolaires, comportementales ou liées à l’inclusion.

C’est bien là que se pose la question des choix politiques faits pour l’École. Alors que la baisse démographique aurait pu permettre d’améliorer les conditions d’enseignement, de renforcer le remplacement, les aides spécialisées ou l’accompagnement des élèves les plus fragiles, elle sert principalement à justifier des suppressions de postes.

Nous souhaitons connaître les perspectives d’évolution de la carte scolaire à l’issue des ajustements de juin et de rentrée. Certaines situations locales continuent d’interroger les équipes et les élus, notamment dans les secteurs ruraux où quelques élèves peuvent suffire à faire basculer les conditions d’enseignement.

Cette logique de gestion sous contrainte se retrouve également dans les débats actuels sur l’école inclusive. Nous partageons l’idée que l’accompagnement des élèves ne peut pas reposer uniquement sur les AESH. L’École a besoin de davantage de coopération avec le secteur médico-social, de formation, de temps d’échange et de moyens adaptés.

Mais nous refusons que cette réflexion serve de prétexte à limiter les recrutements ou à figer les effectifs d’AESH alors que les besoins sont loin d’être couverts. Sur le terrain, les équipes continuent de faire face à des situations complexes. Des accompagnements restent insuffisants, certaines notifications ne sont pas pleinement respectées et les AESH exercent encore trop souvent dans des conditions précaires.

Le déploiement des PAS suscite aujourd’hui de nombreuses interrogations. Les personnels enseignants comme les AESH souhaitent comprendre concrètement ce qui va changer dans l’accompagnement des élèves à besoins particuliers, quelles seront les missions des nouveaux dispositifs et quels moyens humains et financiers leur seront réellement consacrés.

Nous souhaitons également disposer d‘un bilan du Livret de Parcours Inclusif. Présenté comme un outil de suivi des élèves, il est souvent perçu sur le terrain comme une charge administrative supplémentaire dont la plus-value pédagogique reste à démontrer.

Pour l’UNSA Éducation, une école réellement inclusive passe par une meilleure reconnaissance des AESH : un véritable statut, des perspectives de carrière, un accès facilité au temps complet et une rémunération à la hauteur des missions exercées.

Au-delà de la question de l’accompagnement, nous souhaitons attirer l’attention de cette instance sur le mal-être croissant d’un nombre important d’enseignants.

La baisse démographique est souvent présentée comme un argument justifiant des fermetures de classes, notamment en maternelle. Pourtant, sur le terrain, les personnels ne constatent pas une diminution de la complexité de leur travail, bien au contraire.

De nombreuses fiches Santé et Sécurité au Travail témoignent aujourd’hui de situations de souffrance professionnelle liées à la gestion d’élèves à besoins éducatifs particuliers, mais aussi d’élèves présentant des troubles du comportement parfois très importants, sans diagnostic posé et donc sans accompagnement adapté.

Ces situations placent les personnels dans une tension permanente. Elles affectent également l’ensemble de la classe. Les autres élèves peuvent être confrontés à des violences verbales ou physiques, à des interruptions répétées des apprentissages et à un climat scolaire qui se dégrade. Quant aux élèves concernés, ils ne bénéficient pas toujours des conditions et de l’accompagnement dont ils auraient besoin pour réussir leur parcours scolaire.

Dans ce contexte, maintenir des classes à effectifs raisonnables n’est pas un confort supplémentaire ; c’est une nécessité. C’est un levier concret pour préserver la santé des personnels, améliorer les conditions d’apprentissage de tous les élèves et permettre une prise en charge plus adaptée des situations complexes.

Réduire les moyens au seul regard des chiffres de la démographie revient à ignorer une réalité que les équipes vivent chaque jour : les effectifs baissent parfois, mais les besoins, eux, augmentent.

Nous demandons également des informations actualisées concernant le mouvement départemental, son calendrier, les modalités de la seconde phase ainsi que les conditions d’affectation des collègues restant sans poste. Les personnels ont besoin de connaître rapidement les conditions dans lesquelles ils exerceront leurs missions à la rentrée.

Par ailleurs, les résultats du CAFIPEMF interrogent. Si le nombre de certifications est en baisse dans notre département, il convient d’en analyser les causes et d’identifier les leviers permettant de renforcer l’attractivité et l’accompagnement de cette certification essentielle à la formation des enseignants.

Nous souhaitons également obtenir des informations concernant les promotions à l’avancement accéléré, à la hors-classe et à la classe exceptionnelle, ainsi que sur le nombre de stagiaires attendus à la rentrée et la situation des circonscriptions dont l’encadrement pourrait être amené à évoluer.

Au fond, la question est simple : sommes-nous prêts à investir les moyens nécessaires pour que l’école fonctionne réellement ?

Cette interrogation rejoint plus largement celle des conditions d’exercice de l’ensemble des personnels.

Les premières réponses au Baromètre UNSA Éducation 2026 sont révélatrices. Lorsqu’on demande aux personnels ce que leur travail devrait leur apporter, le mot qui revient le plus souvent est celui d’« épanouissement ».

Ce mot dit quelque chose d’essentiel : nos collègues continuent de croire profondément au sens de leur métier. Ils veulent enseigner, accompagner, transmettre et faire réussir les élèves. Mais chacun constate aussi que l’écart se creuse entre cet idéal et la réalité quotidienne.

Les personnels continuent d’assurer leurs missions avec professionnalisme et engagement. Mais cet engagement ne peut pas devenir la réponse permanente au manque de moyens. On ne peut pas construire durablement l’École sur la seule capacité des personnels à compenser ce qui fait défaut.

Les personnels ont besoin de lisibilité, de stabilité et de perspectives. Ils attendent des réponses concrètes aux difficultés qu’ils rencontrent quotidiennement.

Les mesures que nous examinons aujourd’hui ne résoudront pas à elles seules les difficultés rencontrées dans les écoles. Elles peuvent cependant les accentuer. C’est pourquoi nous ne pouvons pas les considérer comme de simples ajustements techniques.

Car une école qui tient n’est pas forcément une école qui va bien.

Et nous refusons que notre seule ambition collective soit qu’elle tienne…

L’équipe du Se Unsa 88 

Un compte rendu de cette instance et des réponses à nos questions diverses est en cours et sera bientôt disponible en suivant ce lien .


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