Monsieur le Directeur Académique,
Mesdames et Messieurs les membres de la Formation spécialisée,

L’UNSA Éducation souhaite, à l’occasion de cette instance consacrée à la santé, à la sécurité et aux conditions de travail des personnels, alerter une nouvelle fois sur la dégradation des conditions d’exercice de nombreux enseignants dans notre département.

Les choix opérés en matière de carte scolaire, et notamment les fermetures de classes, ne sont pas sans conséquences sur le quotidien des personnels. Derrière les décisions d’organisation se trouvent des équipes qui doivent s’adapter, parfois dans l’urgence, à des conditions de travail de plus en plus complexes. Dans de nombreuses écoles, les fermetures de classes conduisent à la mise en place de cours multiples, et parfois des pertes de décharge pour les directeurs d’école. Si cette organisation peut parfois répondre à des réalités locales, elle ne saurait devenir une variable d’ajustement systématique des moyens alloués à l’Éducation nationale.

Enseigner dans une classe à plusieurs niveaux, exige une différenciation permanente des apprentissages, une gestion complexe des temps de travail et une attention constante portée aux besoins de chaque élève. Cette charge s’ajoute aux missions habituelles des enseignants, dans un contexte où les exigences institutionnelles, administratives et pédagogiques demeurent élevées.

Ces organisations peuvent entraîner une intensification du travail, une augmentation de la charge mentale, un sentiment de ne plus pouvoir répondre correctement aux besoins de tous les élèves et une perte de sens du métier. Elles sont susceptibles de favoriser l’épuisement professionnel, le stress et les risques psychosociaux, particulièrement lorsque les personnels ne disposent ni du temps, ni des moyens, ni de l’accompagnement nécessaires à tant de situations particulières.

À ces difficultés s’ajoute la gestion quotidienne des élèves présentant des comportements particulièrement difficiles. Certains enseignants sont confrontés à des comportements perturbateurs répétés, à des crises, à des actes d’opposition, voire parfois à des manifestations de violence verbale ou physique. Ces situations exigent une vigilance constante et mobilisent une énergie considérable, au détriment parfois des apprentissages de l’ensemble de la classe.

Lorsque les personnels ne bénéficient ni d’un accompagnement adapté, ni de réponses coordonnées, ni de relais suffisamment réactifs, ils se retrouvent seuls face à des situations complexes, parfois éprouvantes et susceptibles de mettre en difficulté leur propre sécurité comme celle des autres élèves. La répétition de ces épisodes peut générer une tension permanente, un sentiment d’impuissance, de l’épuisement et une dégradation du climat scolaire.

Nous rappelons que les enseignants ne peuvent être laissés seuls face à ces situations. La prise en charge des comportements difficiles ne saurait relever de leur seule responsabilité individuelle. Elle nécessite des moyens adaptés, une formation appropriée, un accompagnement des équipes et une coopération effective avec les personnels et les services compétents. La prévention des risques professionnels doit pleinement intégrer cette réalité du travail quotidien.

L’UNSA Éducation souhaite également attirer l’attention sur les conséquences des épisodes de fortes chaleurs et de canicule sur les conditions de travail dans les écoles. Ces épisodes, qui tendent à se répéter, mettent en évidence la vulnérabilité de nombreux bâtiments scolaires : salles de classe surchauffées, isolation inadaptée, ventilation insuffisante et absence de solutions permettant de maintenir des conditions d’accueil et de travail satisfaisantes.

Les enseignants et les personnels doivent pourtant continuer à assurer leurs missions auprès des élèves, parfois dans des conditions thermiques éprouvantes, qui affectent leur concentration, leur fatigue et leur capacité à travailler sereinement. Les élèves eux-mêmes peuvent rencontrer des difficultés à rester attentifs et disponibles pour les apprentissages.

Au-delà des mesures ponctuelles de prévention, l’UNSA Éducation considère que l’adaptation des locaux scolaires aux fortes chaleurs doit être pleinement intégrée à la politique de santé et de sécurité au travail. Il ne peut être question de faire reposer la protection des personnels et des élèves sur leur seule capacité à supporter des conditions thermiques dégradées.

Nous demandons que les situations les plus problématiques soient recensées, évaluées et suivies, et que des mesures concrètes soient programmées afin de garantir des conditions de travail et d’accueil compatibles avec la santé de tous.

Un autre facteur majeur de dégradation des conditions de travail concerne l’accompagnement des élèves à besoins éducatifs particuliers, notamment des élèves en situation de handicap ou présentant des besoins d’accompagnement spécifiques.

Les enseignants sont confrontés à des situations de plus en plus complexes, qui nécessitent du temps, une formation adaptée, une coopération étroite entre les professionnels et des moyens humains suffisants. Or, les notifications d’accompagnement ne se traduisent pas toujours par une présence effective et suffisante des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Les équipes doivent alors composer avec des moyens insuffisants, tout en essayant de répondre aux besoins de l’ensemble des élèves.

Cette réalité place les enseignants dans des situations professionnelles particulièrement difficiles. Ils doivent gérer simultanément les apprentissages du groupe classe, les besoins spécifiques de certains élèves et parfois des situations de crise, sans toujours disposer de l’accompagnement nécessaire. Il en résulte une surcharge de travail, une tension permanente et, pour certains personnels, un sentiment d’impuissance et de culpabilité de ne pas pouvoir répondre correctement à toutes les demandes.

À ces difficultés s’ajoute l’insuffisance des moyens consacrés à la médecine scolaire et à l’accompagnement médico-social. Lorsque les ressources médicales, paramédicales et spécialisées sont trop limitées, les évaluations, les avis et les suivis peuvent être retardés ou insuffisants. Il en est ainsi de nombreux dossiers que doivent constituer les équipes comme les PAP (plan d’accompagnement personnalisé), ou les PAI… Les enseignants et les équipes éducatives se retrouvent alors en première ligne face à des situations qui dépassent parfois leur champ de compétences et pour lesquelles ils ne disposent pas des relais nécessaires.

Ces carences compliquent également la compréhension des besoins des élèves, la mise en place de réponses adaptées et la coordination entre les différents professionnels. Elles peuvent prolonger des situations difficiles, fragiliser les équipes et retarder la mise en œuvre de mesures pourtant nécessaires, tant pour les élèves que pour les personnels.

L’UNSA Éducation rappelle que l’école inclusive ne peut reposer sur les seules épaules des enseignants. Elle exige des moyens humains adaptés, des AESH en nombre suffisant, une médecine scolaire disposant de ressources à la hauteur des besoins, ainsi qu’une véritable coordination entre les différents professionnels.

Nous refusons que les ambitions légitimes de l’inclusion scolaire se traduisent, faute de moyens, par une dégradation des conditions de travail des personnels et par des réponses insuffisantes aux besoins des élèves eux-mêmes. L’inclusion doit être accompagnée, organisée et financée à la hauteur des exigences qu’elle implique.

L’UNSA Éducation rappelle que la santé au travail ne peut se limiter à la prise en charge des difficultés lorsqu’elles deviennent insupportables. Elle suppose une véritable politique de prévention, qui prenne en compte les facteurs organisationnels, matériels et humains, ainsi que les effets des décisions administratives sur le travail réel des personnels.

Nous ne pouvons accepter que l’engagement et la conscience professionnelle des enseignants servent de réponse permanente aux contraintes budgétaires, aux suppressions de moyens et aux difficultés d’organisation. La capacité des personnels à s’adapter ne doit pas conduire à banaliser la surcharge de travail ni à rendre invisibles les difficultés rencontrées sur le terrain.

Nous attirons également l’attention sur les conséquences de ces conditions de travail pour les collectifs professionnels : fatigue accrue, tensions dans les équipes, difficultés à dégager du temps pour la concertation, isolement professionnel et sentiment de ne pas pouvoir exercer son métier dans des conditions satisfaisantes.

La F3SCT doit pouvoir jouer pleinement son rôle dans l’identification, l’analyse et la prévention de ces risques. Les conséquences des fermetures de classes, des conditions matérielles dégradées, du manque de personnels d’accompagnement et des situations pédagogiques complexes sur la santé des agents ne peuvent être considérées comme extérieures au champ de ses compétences.

C’est pourquoi l’UNSA Éducation demande :

  • Une analyse des conséquences des organisations pédagogiques imposées par les fermetures de classes sur la charge de travail et la santé des personnels, notamment dans les écoles où les enseignants prennent en charge plusieurs niveaux.

 

  • Un recensement des écoles dont les locaux présentent des températures excessives et l’élaboration de mesures de prévention adaptées, assorties d’un suivi des actions correctives.

 

  • Une évaluation des besoins d’accompagnement des élèves en situation de handicap et des écarts entre les notifications et les moyens AESH effectivement disponibles.

 

  • Une meilleure prise en compte des difficultés liées à la gestion des comportements perturbateurs ou violents, avec l’identification de réponses concrètes, de dispositifs d’accompagnement et de relais mobilisables par les équipes.

 

  • Un état des lieux des moyens de médecine scolaire disponibles dans les Vosges, des difficultés d’accès aux évaluations et aux suivis, ainsi que de leurs conséquences sur les conditions de travail des personnels et l’accompagnement des élèves.

 

  • Une meilleure prise en compte des risques psychosociaux dans les démarches d’évaluation des risques professionnels, notamment dans les documents uniques d’évaluation des risques professionnels (DUERP) des écoles concernées.

 

  • La mise en place de mesures concrètes pour accompagner les équipes, prévenir les situations d’épuisement professionnel et assurer un suivi régulier des difficultés signalées par les personnels.

Préserver la santé des personnels, c’est agir en amont, reconnaître le travail réel, donner les moyens d’exercer les missions confiées et ne pas attendre que les difficultés se traduisent par des arrêts de travail, des situations de souffrance ou des départs contraints.

L’engagement des personnels ne peut durablement compenser les insuffisances de moyens, les difficultés d’organisation et l’inadaptation des conditions matérielles de travail. La prévention doit s’attaquer aux causes des difficultés, et non se limiter à en constater les conséquences sur la santé des agents.

L’UNSA Éducation attend donc de cette instance qu’elle soit un lieu de dialogue exigeant, mais surtout un espace où les constats puissent déboucher sur des mesures de prévention effectives, concrètes et suivies.

Nous continuerons à porter la parole des personnels des écoles et collèges des Vosges et à défendre des conditions de travail qui leur permettent d’exercer pleinement leur métier, dans l’intérêt des élèves comme de l’ensemble de la communauté éducative.

Je vous remercie de votre attention.


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