« J’ai exercé des fonctions de direction dans une école, en parallèle de mon travail d’enseignante. Avec le temps, la charge de travail a pris une place toujours plus grande dans ma vie. Les journées débordaient régulièrement des horaires prévus, et il était difficile d’anticiper l’heure à laquelle je pourrais réellement rentrer chez moi.
Aux missions d’enseignement s’ajoutaient de nombreuses tâches de direction : organiser, répondre aux sollicitations, traiter les urgences, assurer le suivi des dossiers et veiller au fonctionnement quotidien de l’école. Une partie de ce travail se poursuivait le soir, à la maison, ainsi que pendant les périodes de congé. Même en dehors de l’école, il était difficile de couper complètement.
Cette disponibilité presque permanente a progressivement affecté ma vie personnelle et familiale. Être chez moi ne signifiait pas toujours être réellement présente : mon attention restait souvent accaparée par le travail et par ce qu’il restait à faire. L’organisation familiale devait s’adapter à des horaires chargés et parfois imprévisibles.
Au fil des années, la fatigue s’est accumulée. Elle a fini par peser sur ma santé, mon équilibre et ma capacité à faire face au quotidien. J’ai dû prendre du recul pour me préserver. Même lorsque j’ai continué à assurer mes fonctions, cela ne signifiait pas que la situation était devenue soutenable.
Cette expérience m’a fait mesurer l’écart entre les horaires officiels et le temps réellement nécessaire pour exercer des fonctions de direction. La charge ne se limite pas aux heures passées dans l’école : elle comprend aussi le travail effectué après la classe, les tâches reportées à la maison et le poids mental des responsabilités.
Je souhaite témoigner de cette réalité, souvent peu visible : quand le travail déborde constamment sur le temps personnel et qu’il devient difficile de s’arrêter, l’usure peut s’installer profondément. Il me semble important que les conditions d’exercice des directrices et directeurs d’école soient entendues et prises au sérieux. »
Pour préserver l’anonymat, les détails personnels, familiaux, géographiques et chronologiques ont été retirés ou généralisés.