Une carte de l’éducation prioritaire figée depuis 2015
La carte de l’éducation prioritaire n’a pas été revue depuis 2015, alors même qu’elle devait l’être tous les quatre ans. Depuis dix ans, les réalités sociales des territoires ont pourtant profondément évolué.
Le ministère a désormais acté que cette carte ne serait pas revue avant les prochaines élections présidentielles, repoussant toute refonte structurelle à l’horizon 2028 ou 2029.
Cette situation est d’autant plus problématique qu’en 2015, plusieurs collèges avaient été exclus de l’éducation prioritaire malgré des indicateurs sociaux très dégradés, notamment des IPS très bas. C’est le cas, entre autres, du collège Gérard Philippe à Clermont Ferrand. Ces établissements se retrouvent aujourd’hui dans une forme d’angle mort institutionnel : ni classés, ni suffisamment dotés, alors qu’ils accueillent des élèves aux besoins comparables à ceux de l’éducation prioritaire.
Le plan « 800 collèges » : reconnaître des situations devenues intenables
👉 Depuis 2 ans, de nombreuses actions syndicales avec les personnels concernés ont été menées pour obtenir le classement en éducation prioritaire.
Le ministère a fermé la porte, laissant encore entrevoir des années d’attente pour ces collèges et écoles. Le SE-UNSA a refusé d’en rester là et a exigé des moyens supplémentaires en attendant le classement en rep. Nous ne pouvions accepter d en rester à la situation actuelle.
Faute de volonté politique pour revoir immédiatement la carte de l’éducation prioritaire, le ministère a donc choisi une voie intermédiaire : accorder des moyens supplémentaires à 21 collèges non classés, identifiés comme relevant de « situations aberrantes », c’est-à-dire présentant un IPS inférieur à 80.
Dans l’académie de Clermont-Ferrand, le collège Gérard Philipe est concerné par ce dispositif.
Les mesures annoncées pour ces collèges sont les suivantes :
une attention particulière au taux d’encadrement des élèves ;
la mise en place d’un pôle médico-social complet, avec des personnels à temps plein (assistant social, infirmier, PsyEN) ;
l’attribution d’une IMP pour chaque enseignant et CPE (1 250 € annuels) ;
une bonification de 120 points pour la mutation après trois ans d’exercice.
Ces moyens seront encadrés par un contrat local d’accompagnement (CLA), signé pour trois ans, qui permettra de justifier réglementairement l’attribution des ressources (IMP, postes surnuméraires, bonifications…) et d’en assurer la pérennité sur la durée du contrat.
Une réponse loin d’être parfaite… mais un premier pas pour les personnels
Pour le SE-UNSA, ces dispositions ne sauraient en aucun cas remplacer la refonte de la carte de l’éducation prioritaire, que nous continuons à revendiquer avec force. Classer ces établissements en éducation prioritaire reste l’objectif, tant pour les élèves que pour les personnels.
Cependant, depuis plusieurs mois, le SE-UNSA a fait le choix d’accompagner ces établissements et de travailler avec le ministère, afin que ces collèges, mais aussi les écoles du réseau, soient mieux accompagnés, ici et maintenant. Ces mesures permettront, en attendant mieux, de combler une partie du déficit de moyens et de reconnaissance dont souffrent les personnels concernés.
Nous déplorons néanmoins que ce dispositif soit mis en œuvre sans dotation budgétaire spécifique complémentaire, reposant en grande partie sur des redéploiements, comme c’est déjà le cas pour certains collèges soutenus localement par le rectorat de Clermont-Ferrand depuis de nombreuses années (vigilance sur les effectifs par classe, encadrement vie scolaire, …).
Assumer un syndicalisme utile plutôt qu’un syndicalisme de posture
Contrairement à d’autres organisations syndicales, le SE-UNSA n’a pas voter CONTRE ce dispositif transitoire, ou le principe des contrats locaux d’accompagnement. Dire non, dans le contexte actuel, aurait conduit à ne rien obtenir du tout avant plusieurs années, laissant ces établissements dans un statu quo insupportable.
Certes, ces mesures ne sont pas à la hauteur de la prime REP+. Mais elles constituent un progrès pour les personnels concernés. Et surtout, elles permettent de mettre un projecteur institutionnel sur ces collèges, en vue de la future refonte de la carte de l’éducation prioritaire.
Notre histoire syndicale montre que les avancées se construisent parfois par la politique des petits pas : doublement de l’ISAE, amélioration des ratios d’accès à la hors-classe…
Au SE-UNSA, nous préférons des avancées concrètes, même partielles, à un immobilisme qui aurait laissé ces établissements sans reconnaissance ni moyens supplémentaires jusqu’en 2028 ou 2029.
Rester mobilisés pour une refonte juste et ambitieuse, qui n’exclut aucun personnel !
Ces mesures ne closent pas le débat. Elles ne remplacent pas une politique ambitieuse d’éducation prioritaire, fondée sur des critères sociaux actualisés et transparents.
Le SE-UNSA continuera donc à revendiquer le classement en éducation prioritaire des établissements qui le méritent, tout en assumant d’avoir obtenu, dès aujourd’hui, un mieux pour les personnels et les élèves.
Nous continuons d’agir également pour exiger que les AED et AESH exerçant dans ces établissements ne soient pas exclus du dispositif et voient leurs missions reconnues !
Parce que notre conception du syndicalisme est claire : être utiles aux collègues, ici et maintenant, sans jamais renoncer à nos exigences de justice et d’égalité.