Préparer l’année scolaire de millions d’enfants et de jeunes de notre pays est un défi incomparable tant l’enjeu sociétal est déterminant. Pourtant, jamais une rentrée n’a été aussi chaotiquement envisagée et budgétisée, hors des périodes les plus sombres de notre histoire !
Entre une conception archaïque des besoins des élèves et une volonté politique insincère de faire de l’École une priorité nationale, la rentrée 2026 s’annonce déjà des plus périlleuses. Entre des chiffres à la baisse et des prévisions très fragiles, le ministère navigue à vue sans aucun filet de sécurité !
Une vision étriquée des besoins
Moins les moyens sont au rendez-vous, plus notre institution souffre d’un manque de vision. Si le ministre dit vouloir tout le contraire, à ce stade, force est de constater qu’on en est loin !
Pourtant, depuis des années, nous dénonçons au SE-Unsa une politique budgétaire sans visibilité parce que sans projet avoué et sans considération pour la réalité. Changer de pilote tous les 4 matins n’aide pas, certes, mais cela ne doit pas faire oublier que, depuis 2017, nous subissons la même politique éducative dégradante.
Résultat : préparer une rentrée scolaire revient encore et toujours à compter les élèves pour savoir combien il faut de profs…
Au-delà du fait qu’uniformiser les besoins de territoires très disparates n’a aucun sens, considérer les besoins des élèves avec le seul prisme « enseignement » est d’une autre époque ! Quid des besoins éducatifs assurés par les équipes de vie scolaire, des besoins d’accompagnement du handicap assurés par les AESH (toujours en attente de statut !), des besoins d’orientation et psychologiques assurés par les PsyEN, des besoins médicaux assurés par les personnels de santé et sociaux ? Et quel établissement peut correctement accueillir les élèves sans personnels administratifs et techniques ?
Manquerait-il quelques éléments au mode de calcul des besoins pour y associer les moyens suffisants et adaptés ? Assurément et c’est fort dommageable !
Pire, dans un contexte de restriction budgétaire imposée aux services publics, on s’en tient à parler de la taille des classes qui resterait raisonnable vu la baisse démographique ou encore des fermetures limitées…
Raisonner sur des moyennes qui distordent, de fait, la réalité ne peut pas permettre d’appréhender l’éducation dans sa globalité, dans sa complexité mais aussi dans toute sa richesse.
Au SE-Unsa, nous rappelons au ministre qu’avant de parler d’ambition ou de plus-value à envisager avec une baisse démographique, on parle de nécessaire réparation des dégâts d’une politique éducative aux antipodes des besoins !
Des chiffres déconcertants
Un tel mode de calcul dépassé combiné à des mesures conservatrices et très consommatrices de moyens et à un budget des moins ambitieux possible engendre inévitablement des choix exaspérants.
> Des territoires acculés
Raisonner de façon mécanique depuis toujours a plongé des territoires dans une situation parmi les plus sombres.
Dans les académies de Lille, de Normandie, la baisse démographique réelle depuis plusieurs années justifie des pertes drastiques de postes chaque année au point de faire passer le territoire en deçà d’un seuil acceptable de moyens au regard des difficultés sociales et d’empêcher toute stabilisation d’organisation.
Ces effets cumulatifs délétères sur le temps long pour tous les métiers de l’éducation ont aggravé les difficultés des académies qui comptent le plus de fragilités.
Dans les académies d’outre mer, c’est aussi la double peine. La démographie qui se stabilise après des années de hausse représente un prétexte indécent pour limiter voire ignorer les besoins d’ouvertures de postes. Faut-il rappeler que les conditions d’apprentissage et d’enseignement sur des territoires comme Mayotte, la Guyane, la Martinique ou encore la Guadeloupe n’ont de comparables avec l’Hexagone que des textes officiels (et parfois inapplicables d’ailleurs) tant le contexte y est dégradé ?
> Une vie scolaire méprisée
Zéro !
C’est le nombre de postes créés de CPE pour la rentrée prochaine.
Poussés sur le devant de la scène lors de chaque drame, cités comme acteurs essentiels lors de chaque annonce de mesure pour lutter contre la dégradation du climat scolaire, les CPE vont-ils se voir dotés de baguettes magiques pour faire face à la complexification et la charge de travail de leurs missions ? Et ce avec des équipes d’assistants d’éducation en nombre toujours aussi insuffisant pour les épauler ?
Une rentrée 2026 dans un flou inédit
Préparée avec un budget aussi insuffisant qu’incertain depuis des mois, la rentrée scolaire prochaine pâtit aussi d’un manque cruel de visibilité sur deux autres points. Les nouveaux concours sont toujours en attente de l’adoption de la nouvelle loi de finances, alors même que les épreuves doivent débuter d’ici quelques semaines. Les opérations de carte scolaire sont repoussées de plusieurs semaines en raison des scrutins municipaux.
Le 26 janvier, face au ministre, nous avons dénoncé une telle situation et exigé de changer de cap avant qu’il ne soit réellement trop tard ! Chaque année qui passe sans l’once d’une amélioration est un frein majeur à un retour à une situation plus favorable.
Une réalité qui ne nous a pas empêchés au SE-Unsa de rappeler au ministre le travail toujours en suspens sur la revalorisation des rémunérations !
Une chose est certaine, nous ne laisserons aucune équipe ni aucun collègue dans la difficulté pour préparer la rentrée et serons toujours disponibles pour accompagner chaque situation.
La fragilisation de l’École publique laïque n’est pas une fatalité !