Le mardi 9 décembre 2025, nous avons été reçues pendant un peu plus d’1h30 par :
– Le DASEN de l’Isère, M. Gros,
– L’IEN académique (IEN-A), M. Marzouk,
– La secrétaire générale de la DSDEN (SG) Mme Ozdemir,.
Vous trouverez l’essentiel de nos échanges dans cet article.
Nous avions fait le choix d’une audience inter-degré ; aussi, notre délégation se composait
de Béatrice Bruyère, chargée du premier degré 38, Sylvie Ricôme, secrétaire académique
entrée métier et Odile Bourde, secrétaire départementale du SE-Unsa 38.
Les échanges ont porté sur 4 points :
– l’entrée dans le métier
– la direction
– la formation continue
– les conditions de travail et la souffrance au travail
Les réponses ou propos du DASEN, de l’IEN-A ou de la SG sont écrits en bleu.
Remarque : les remplacements du premier degré n’ont finalement pas été évoqués car un
Groupe de Travail sur ce thème s’était déroulé plus tôt dans la journée.
Entrée dans le métier
* Lauréat.e.s de CRPE / stagiaires et leur département d’affectation
Le SE-UNSA informe de situations médico-sociales difficiles, qui ont amené des personnes à ne pas honorer leur réussite au concours, ou bien se trouvent en situation complexe lors de leurs premières années de carrière (stage + T1 a minima !). Nous réitérons notre demande de leur permettre de participer aux ineat-exeat.
Le DASEN répond qu’il y a trop de tensions RH sur tous les départements et que des échanges poseraient un problème d’équité vis-à-vis du rang de concours.
* Soutien aux stagiaires du premier degré (PES)
Les services médico-sociaux des personnels sont actuellement limités (1 seul poste de médecin pourvu, un intérim d’assistante sociale – AS – en temps très partiel) ; il est donc difficile de répondre à la hauteur des attentes des jeunes collègues qui rencontrent, pour un certain nombre, des difficultés pendant leur année de stage.
La SG et le DASEN admettent qu’ils ne sont pas très accompagnants en ce moment ; le recrutement d’une AS contractuelle est imminent. Une discussion avec les services doit être menée, auprès de l’AS actuelle notamment.
* Manque d’information aux contractuels alternants
Ces personnels sont dans le flou concernant de potentielles indemnités de déplacement.
Nos interlocuteur.rice.s confirment que, s’il y a prise en charge de déplacement, cela ne peut pas être des ISSR.
Information supplémentaire du SE-Unsa : il convient de consulter son contrat afin de connaître la possibilité d’être indemnisé.e. Les contractuels alternants doivent se référer à leur contrat initial (une indemnité forfaitaire semble être engagée).
* Réforme de la formation initiale :
Nous avons demandé des précisions sur l’évolution de la formation initiale qui sera mise en place dès la rentrée prochaine sachant que le concours va être avancé en L3. Les étudiants ont pu s’inscrire sur les 2 concours (ancienne et nouvelle formules) ; ils ont exprimé une préférence pour l’un des 2. Pour ce qui est des dates d’épreuves, le concours exigeant un niveau M2 va se dérouler avant le nouveau concours nécessitant seulement un niveau L3.
* Formateur.rice.s INSPE
Ces personnels s’inquiètent de l’absence d’informations précises concernant cette réforme, notamment sur les nouvelles maquettes de formation.
Il semble qu’ils/elles aient reçu une information nationale, puis académique sur ces maquettes en fin de semaine du 8-12 (après l’audience).
* Tuteur.rice.s de stagiaires du 2D
Compte tenu des besoins accrus de tuteur.rice.s avec la réforme, le SE-Unsa demande à ce que les collègues soient davantage accompagné.e.s pour la prise en charge des stagiaires et ceci le plus en amont possible.
Cette demande semble être entendue par le DASEN ; il prévoit d’en échange avec les IA-IPR.
NB : lors du conseil académique de formation du 16 décembre, le recteur a affirmé que la mise en place de cette réforme était particulièrement bien engagée. Il est d’autre part fortement question de l’ouverture d’un pôle de formation dans le Nord-Isère, très rapidement..
Direction
* Perte d’une demi-décharge de direction
Le passage de 12 à 11 classes entraîne la perte de la décharge complète pour une demi-décharge donc quasi-inévitablement une surcharge de travail très impactante.
Un 3/4 temps de décharge serait plus approprié.
Le DASEN admet qu’un lissage serait opportun (mais il n’a pas la main) et entend que ce saut d’une demi-décharge est grand. Il dit pouvoir y réfléchir lors de la carte scolaire au regard de l’évolution du nombre d’écoles à 18 classes et plus…
* Surcharge de travail des directeur.rice.s
Le SE-Unsa, (dans son projet syndical, et depuis plusieurs années !) porte le mandat d’une aide administrative qui serait répartie sur plusieurs écoles….
Selon le DASEN, les moyens administratifs ne sont pas du tout prévus dans les budgets contraints actuels, ni côté Education Nationale, ni côté collectivités territoriales.
* Relation école/famille
Les relations entre les familles et les enseignants sont parfois très tendues.
Le DASEN reconnait que les tensions sont en effet plus fortes et plus fréquentes.
Les consignes données par les Recteurs et DASEN aux IEN sont : encourager au dépôt de plainte des enseignant.e.s concerné.e.s et remonter une alerte systématique au niveau du préfet (art.40).
Question : ne peut-on pas demander la protection fonctionnelle sans porter plainte ?
Techniquement oui mais cela n’apporte rien car l’action de la protection fonctionnelle est juridique.
C’est symbolique et important pour les collègues qui se sentent remis en cause
Le DASEN l’admet.
- Des résultats préliminaires de notre enquête nationale sur ce thème auprès des PE/instits –directeur.rice.s ou non – (env 5000 réponses actuellement) montre que :
– 80 % des collègues (direction ou non) ont un différend avec des familles, dont 5 % 1x/semaine
– la moitié se disent/se sentent menacés
– > 60 % trouvent que les tensions en conseil d’école ont augmenté
– > 60 % pensent que le mal-être des directeur.rice.s se répercutent sur les relations avec les familles
Le DASEN conseille aux directeur.rice.s de se prémunir d’une relation « horizontale » avec les parents qui peuvent leur enlever de leur crédibilité professionnelle (il pense notamment aux menaces de fermeture de classe..)…
Commentaire du SE-Unsa : difficile ne pas souhaiter défendre, en tant que professionnel.le.s, nos postes et nos écoles.
- Il avait également été question, lors de l’actualisation du règlement intérieur des écoles du département, de travailler sur le point particulier des parents accompagnateurs dans un cadre laïque ; ce point peut en effet entraîner de grandes tensions et engendrer un climat délétère au sein même des équipes. C’est un sujet particulièrement à propos aujourd’hui où nous fêtons les 120 ans de la loi de 1905.
Nous demandons un GT sur ce sujet.
Sur ce point, l’administration dit s’en tenir à l’application de la loi, ni plus ni moins. La DSDEN souhaite laisser la main aux directeur.rice.s d’école et à l’équipe afin d’exercer une auto-régulation, en suivant le guide national de la laïcité. Selon nos cadres, il suffirait d’expliquer a posteriori au parent, en cas de «situation délicate», ce qu’il y a lieu de faire, pour le respect de tout un chacun…
Nous continuons à penser que, au-delà de la formation institutionnelle «laïcité», des pistes plus explicites pourraient être soutenantes dans certains cas…
* Formation des directeur.rice.s
– Le SE-UNSA demandons toujours une vraie formation sur la gestion d’équipe et les relations avec les partenaires. D’ailleurs, c’est, de mémoire, l’une des suggestion issue d’Impulse (réflexion proposée par le rectorat suite à l’enquête sur la qualité de vie au travail du printemps dernier).
M. Gros et M. Marzouk soulignent que la formation des directeur.rice.s est une volonté départementale…
– Piloter une équipe, ce n’est pas devenir formateur. rice !Ce distingo est sans doute clair pour les inspecteur.rice.s mais pas pour les directeur.rice.s ! Nous demandons de bien rappeler en conseil d’IEN qu’ils/elles soient précis.es avec les directions dans leur circonscription : les directeur.rice.s n’ont pas à former mais plutôt définir, orienter les actions pédagogiques de leur école.
Le DASEN confirme, simplement…
Formation continue
* Animations pédagogiques
Nous avons exprimé à nouveau le ras-le-bol des formations ayant pour thèmes quasi-exclusifs les maths et le français, en particulier dans le cadre des constellations.
* Formations selon les besoins
Nous avons rappelé la nécessité de répondre aux besoins de formation des collègues, notamment en relation avec la détresse psychologique de certain.e.s élèves, l’amélioration d’un climat scolaire, du bien-être de chacun.e et d’une inclusion améliorée (EVAR-S, compétences psychosociales -CPS- , TDA-H…) et ce sur un temps long (par exemple à plusieurs reprises dans l’année).
Ces besoins existent dans le premier degré mais aussi de plus en plus dans le second degré, et il serait souhaitable de les proposer en interprofessionnel.
* Formation individuelle sur temps de travail
Le SE-Unsa demande qu’elles soient de nouveau développées, surtout dans le 1D (où elles ont quasiment disparues !)
* Formation de 2 jours EBEP qualifiés d’hautement perturbateurs
Cette formation, que chaque enseignant.e du premier degré est censé.e recevoir, doit concerner aussi les remplaçant.e.s (TR et aussi TRS, ceux-ci étant souvent tenu.e.s à l’écart des formations consacrées aux équipes). Les TR, en particulier, sont souvent appelé.e.s à remplacer des collègues confronté.e.s à ces élèves en souffrance ; elle apparaît donc pertinente pour elles/eux aussi.
Nous n’avons obtenu aucune réponse particulière de nos interlocuteur.rice.s, au sujet de la formation continue…. hormis sur le dernier point où le DASEN a signifié qu’il était d’accord et qu’il avait bien enregistré la nécessité de consacrer un temps de formation aux TR…
L’essentiel de ces remarques a été repris lors du conseil académique de formation (CAF) en présence du recteur et communiqué, à la demande de ce dernier, directement auprès de son cabinet. Vous pourrez la retrouver sur le site du SE-Unsa 38 : Intervention d’UNSA Education au CAF du 16 décembre.
Dégradation des conditions de travail
En introduction à ce point crucial de notre audience, nous avons exposé des éléments de contexte avec, notamment, des données chiffrées issues de différentes sources.
* Résultats Baromètre UNSA Education
Les personnels ne sont plus que 73 % à se dire heureux d’exercer, contre 81 % en 2018. Une baisse qui fait écho à l’alerte sur les conditions de travail qui sont jugées insatisfaisantes par 67 % des répondant.e.s.
* Données F3SCT – Nov 25
Le motif des fiches SST dans le département est- comme partout – Très majoritairement les RPS – Risques Psycho-Sociaux (an dernier : 1D 88 % – gestion EBEP surtout ; 2D – 88 % relations interpersonnelles surtout).
* Résultats de la micro-enquête SE 38 sur les ressentis (1D-2D) :
70% réponses de la part des enseignant.e.s du 1D, dont 7 % des enseignant.e.s en charge de la direction
→ 80 % ne ressentent pas de «soutien par IEN ou au-delà »
→ Plus de la moitié considèrent que leurs conditions de travail sont dégradées du fait d’une inclusion sans moyens suffisants
→ 1/3 désirent « bouger » (dans EN, congé formation ou départ), dont 15 % souhaitent quitter l’institution.
NB : Vous pouvez retrouver l’ensemble des résultats de cette micro-enquête sur le site SE-Unsa 38.
* PAS MGEN :
Ce dispositif pouvait répondre aux collègues à tout moment, par un soutien psychologique et une aide pouvait être sollicitée pour des problématiques d’équipe. La convention en ligne a été dénoncée et se termine le 31 août 2026 pour la partie individuelle.
Certain.e.s collègues ont l’impression de perdre un psychologique relevant du secteur libéral serait différée, avec la difficulté de trouver un.e psychologue pour une éventuelle prise en charge.
* Les services médico-sociaux des personnels de l’Education Nationale sont clairement sous calibrés ! Médecin de prévention, et Assistante sociale peuvent de plus exercer à temps partiels, ne sont pas toujours remplacé.e.s ou sont sous contrat…
* Les constats du SE-Unsa 38
→ ressenti fréquent d’un manque de soutien par l’IEN (incapacité de répondre aux difficultés des équipes/collègues)
→ plus globalement : l’administration se révèle souvent impuissante à aider efficacement face à :
+ une situation avec des EBEP violents et/ou hautement perturbateurs
+ des problèmes relationnels intra-équipe importants : manque de possibilité d’une vraie médiation c’est-à-dire avec une personne NEUTRE (pas l’IEN)
→ Dans le second degré, le/la chef.fe d’établissement, comme l’IEN, a pour mission de gérer les ressources de l’établissement et d’être à l’écoute des agents la RH du rectorat + de faire le lien avec; c’est un.e interlocuteur.rice physique qui représente le recteur.
Nous demandons que la DSDEN dispose des ressources humaines pour soutenir les personnels en souffrance, en plus du rôle d’écoute et d’accompagnement des RH de proximité (IEN et chef.fe.s d’établissement) qui doit être une réalité.
Nos interlocuteur.rice.s assurent qu’ils font le maximum et nous demandent que, si nous avons connaissance de manquements et/ou de problèmes particuliers, il faut leur faire part de ces situations !
NB : Oui, bien sûr que le SE-Unsa interpelle les services RH, mais nos 7000 collègues Isérois 1er degré et les 3000 AESH méritent notamment un vrai service médico social et une vraie RH !
Nous avons rappelé l’existence des binômes RPS il y a quelques années et défendu l’intérêt d’une médiation neutre dans des situations de conflit dans les équipes…
Les binômes RPS ne sont plus d’actualité.
La SG nous informe que CRPH, DRH, médecin de prévention, IEN etc échangent sur les situations RH et font un point tous les 15 jours ; « le process est éprouvé et les problèmes résolus » avec, si besoin, une médiation ou une enquête administrative…
Le SE-Unsa ne cautionne pas systématiquement les solutions du DRH : tout dépend ce qu’on entend par « résolus »
S’il n’y a pas d’issue, il est procédé à un « changement de personnes »…
Le DASEN semble être conscient de l’intérêt d’une « vraie » médiation …
En conclusion, durant cette audience, nous avons pratiqué la politique du réalisme à petits pas : nous avons été visiblement écoutées sur certains points, mais pas du tout sur d’autres où le DASEN fait preuve de fermeté.
Nous allons donc continuer à maintenir le dialogue quotidiennement en portant vos demandes auprès de la hiérarchie.