En rendant obligatoire l’interdiction du téléphone portable au lycée, le gouvernement prétend répondre aux inquiétudes liées aux usages numériques des jeunes. Pour le SE-Unsa, cette mesure repose pourtant sur un diagnostic mal posé, une méthode contestable et une illusion persistante : faire croire que l’École peut, seule, résoudre des problèmes de société majeurs.
Une interdiction uniforme décidée sans concertation
L’interdiction du portable au lycée opère un changement de paradigme important en transformant une possibilité de régulation locale en une interdiction généralisée, y compris dans les lycées où l’usage du téléphone ne pose pas de difficulté particulière. Le SE-Unsa ne nie pas la nécessité de réguler certains usages non pédagogiques, mais conteste une mesure uniforme qui ignore la diversité des situations car le téléphone portable peut s’avérer être un outil utile.
Si l’interdiction des téléphones portables s’applique strictement aux lycéens, alors même que les étudiants y seraient autorisés, une question de cohérence et de faisabilité se pose. Comment les enseignants, les CPE, les AED et le personnel pourront-ils gérer une telle distinction souvent au sein d’un même établissement où cohabitent publics lycéens et post-bac ? Cette différence de traitement risque non seulement de compliquer les règles de vie collective, mais aussi de renforcer un sentiment d’injustice et d’inégalité entre jeunes d’âges parfois proches. Une telle mesure serait difficile à faire respecter et source de tension inutiles.
La méthode employée est tout aussi problématique. Aucune concertation n’a eu lieu avec les organisations syndicales, en contradiction totale avec les engagements ministériels en matière de dialogue social. Le ministère semble avoir été contraint de mettre en musique une annonce présidentielle, sans se soucier du sens de la mesure ni de sa réelle opérabilité sur le terrain.
Un faux débat scolaire pour de vrais enjeux de société
Le problème est mal posé. Au-delà de la présence ou non du portable au lycée, les véritables enjeux concernent l’exposition des jeunes à des contenus violents ou pornographiques, aux fake news, au cyberharcèlement et aux discriminations. Transformer ces enjeux de société en un débat exclusivement scolaire est une erreur. Une fois de plus, l’École publique devient une réponse automatique à un problème de société qui mérite d’être travaillé en profondeur.
L'avis du SE-Unsa
Pour le SE-Unsa, si l’objectif de l’interdiction du portable au lycée est réellement d’améliorer la vie de nos jeunes et de sécuriser les usages numériques, alors il faut d’abord écouter les personnels qui y travaillent. En effet, les impacts concrets de la mise en place de la mesure inquiète aussi bien les enseignants que les équipes de vie scolaire. L’idée d’une interdiction totale ou partielle peut être un élément de réflexion, comme dans d’autres pays, mais elle ne saurait constituer une réponse unique. Pour le SE-Unsa, la priorité reste l’éducation, la prévention et le dialogue, seuls leviers efficaces pour accompagner durablement les jeunes dans leurs usages numériques. L’interdiction totale n’est qu’une illusion de solution qui ne résout rien et pourrait même faire pire que mieux.