À la rentrée 2024-2025, les premiers pôles d’appui à la scolarité (PAS) ont été expérimentés dans plusieurs départements, dont l’Eure-et-Loir pour l’académie d’Orléans-Tours. Cette expérimentation s’inscrit dans la réforme nationale de l’école inclusive portée par le ministère de l’Éducation nationale, avec un objectif affiché : 98 PAS déployés à l’horizon 2027.
Pour la rentrée 2026, le déploiement doit s’accélérer sur l’ensemble du territoire académique :
- 6 PAS dans le Cher,
- 6 PAS dans l’Indre,
- 11 PAS dans l’Indre-et-Loire,
- 11 PAS dans le Loir-et-Cher,
- 10 PAS dans le Loiret.
Au total, 44 emplois seraient mobilisés pour ces dispositifs : 31 financés sur l’enveloppe du premier degré et 13 sur celle du second degré.
Un dispositif qui doit compléter l’existant
Les PAS ont pour vocation d’apporter un appui aux équipes éducatives dans la mise en œuvre de l’école inclusive, notamment pour accompagner la scolarisation des élèves à besoins éducatifs particuliers. Ils doivent fonctionner en complémentarité avec les dispositifs existants, en particulier les RASED (réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté).
Pour le SE-UNSA, ces nouvelles structures peuvent constituer un levier utile à condition qu’elles renforcent réellement l’accompagnement des élèves et des équipes, et qu’elles ne fragilisent pas les dispositifs déjà en place.
La vigilance du SE-UNSA
Face à la multiplication des dispositifs liés à l’inclusion, le SE-UNSA appelle à une vigilance particulière.
La première inquiétude concerne les ressources humaines. Le recrutement de personnels spécialisés pour les PAS ne doit pas se faire au détriment des RASED, déjà fragilisés dans de nombreux territoires. Si ces postes sont pourvus en redéployant les personnels existants, le risque serait de déshabiller un dispositif pour en habiller un autre, sans amélioration réelle pour les élèves.
Le SE-UNSA demande également l’augmentation du nombre de places en formation CAPPEI (certificat d’aptitude professionnelle aux pratiques de l’éducation inclusive). Former davantage de personnels spécialisés est indispensable pour garantir la qualité de l’accompagnement.
Autre point d’attention : les moyens alloués. En dehors de l’Eure-et-Loir, département pilote de l’expérimentation, les PAS doivent être mis en place à moyens constants. Pour le SE-UNSA et l’UNSA Éducation, une telle logique risque de peser sur les moyens des écoles et des établissements.
Des moyens indispensables pour que le dispositif fonctionne
Le SE-UNSA estime que le ministère doit donner aux PAS de véritables conditions de réussite. Cela suppose :
- des postes et des personnels supplémentaires, sans impact négatif sur les cartes scolaires départementales ;
- une formation solide des personnels impliqués dans ces dispositifs ;
- des conditions matérielles de travail pérennes ;
- des postes attractifs, permettant d’attirer des professionnels formés et volontaires.
Sans ces garanties, la réforme pourrait générer des tensions supplémentaires dans des équipes déjà fortement mobilisées sur la question de l’inclusion.
Éviter la confusion entre dispositifs
Enfin, le SE-UNSA alerte sur le risque de complexification du paysage de l’école inclusive. Entre PAS, RASED, PIAL et autres dispositifs, les responsabilités et les modalités d’intervention peuvent devenir difficiles à comprendre pour les équipes éducatives comme pour les familles.
La question de la gestion des AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap) est particulièrement sensible. Pour le syndicat, il est nécessaire de clarifier l’organisation sans que cela génère d’incertitudes pour ces personnels.
Le SE-UNSA insiste également sur la nécessité d’informer et de former les équipes pédagogiques, ainsi que d’expliquer clairement aux familles le rôle des différents professionnels et le fonctionnement des dispositifs.
Une école inclusive qui nécessite des choix politiques forts
Pour l’UNSA Éducation et le SE-UNSA, l’objectif d’une école pleinement inclusive est partagé. Mais cette ambition ne pourra être atteinte sans investissements réels dans les personnels, la formation et les moyens de terrain.
Le déploiement des pôles d’appui à la scolarité doit donc être l’occasion de renforcer l’accompagnement des élèves et des équipes, et non de redistribuer des moyens déjà insuffisants. C’est à cette condition que les PAS pourront devenir un outil utile au service de la réussite de tous les élèves.