À écouter la communication ministérielle, on aurait pu croire que les examens terminaux seraient plus exigeants en matière d’orthographe. Or, une fois la séquence médiatique passée, le changement s’est fait tellement attendre qu’il n’est finalement jamais venu. Certes, des consignes ont bien été données aux correcteurs concernant la qualité rédactionnelle des copies, mais elles sont restées bien éloignées de l’exigence accrue annoncée par le ministère. Pour la session 2027, le ministère a créé une nouvelle grille afin de tenter d’asseoir sa volonté.

Une nouvelle grille pour les examens

Pour renforcer la maîtrise de la langue française aux examens, le ministère a annoncé plusieurs mesures. Au DNB comme au baccalauréat général et technologique, au moins deux points seront consacrés à la qualité de la langue dans chaque épreuve. Dans les disciplines à forte dimension rédactionnelle, une copie trop défaillante n’obtiendra pas la moyenne. Les correcteurs devront par ailleurs s’appuyer sur une nouvelle grille commune à l’ensemble des disciplines et des examens terminaux – diplômes professionnels compris – avec quatre niveaux de maîtrise, de « très insuffisante » à « très satisfaisante ». Orthographe, syntaxe, lexique, organisation et mise en forme de la réflexion seront ainsi formellement pris en compte.

Voilà donc quelques-unes des mesures annoncées par le ministre sur l’orthographe aux examens. Des annonces qui sont loin d’être révolutionnaires et qui n’ont pour but que d’alimenter la communication ministérielle et jeter de la poudre aux yeux à tous les défenseurs de l’orthographe. Elles n’apportent rien, si ce n’est ajouter des prescriptions de plus à des enseignants qui n’en peuvent plus qu’on leur dise en permanence comment bien faire leur travail.

Les enseignants n’ont pas attendu le ministère

Les professeurs de lettres corrigent déjà les erreurs et ont l’habitude d’évaluer la qualité de l’expression écrite. Ils n’ont pas attendu une grille ministérielle pour savoir qu’une copie lisible, correctement rédigée et maîtrisée sur le plan linguistique est préférable à une copie truffée d’erreurs. Pour les autres, il faudra désormais qu’ils se transforment en professeurs de lettres le temps de corriger une copie, ce qui va de facto alourdir leur charge de travail.

Être attentif à la rédaction d’une réponse est une chose. Demander à chaque correcteur de se conformer à une grille précise d’évaluation de la langue en est une autre.

Du temps pour apprendre, des moyens pour accompagner

Faire de la sanction des erreurs un marqueur politique ne constitue pas une véritable politique éducative. L’amélioration de la maîtrise de la langue s’inscrit dans le temps long, grâce à un enseignement explicite, régulier et progressif, à tous les niveaux d’enseignement, quelles que soient les disciplines. Il doit permettre aux élèves de comprendre leurs erreurs et de disposer d’outils pour progresser.

Si le ministère considère réellement que la maîtrise de la langue est une priorité, alors il doit en tirer toutes les conséquences : donner aux équipes le temps nécessaire pour travailler l’écriture, leur faire confiance et développer, en les finançant, les dispositifs d’accompagnement des élèves en difficulté.

L'avis du SE-Unsa

On ne lutte pas contre les difficultés en orthographe en inventant, quelques semaines avant un examen, une nouvelle grille de correction. On ne rattrape pas des années d’apprentissage insuffisant avec une feuille A4. L’École a cruellement besoin d’une politique éducative cohérente, pas une succession d’annonces destinées à montrer que le ministère « agit ». Moins d’injonctions, plus d’apprentissage. Moins de communication, plus de moyens… et vite !


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