En cette rentrée 2026, la colère et l’inquiétude montent dans les écoles et les établissements. Après des années d’empilement de réformes, d’injonctions contradictoires et de manque de reconnaissance, les personnels doivent désormais faire face à une nouvelle baisse des moyens. IMP, HSE, Pass Culture, Pacte… Partout, les mêmes choix budgétaires : réduire, restreindre, renoncer.
Le message envoyé aux personnels est particulièrement désastreux : on leur demande toujours davantage, tout en leur donnant toujours moins pour exercer leurs missions. Alors que la crise d’attractivité du métier s’aggrave et que les enseignants ne comptent déjà plus les heures de travail invisibles et non rémunérées qu’ils effectuent, cette politique est incompréhensible et surtout inacceptable.
Pacte enseignant : jusqu’à quand faudra-t-il bricoler ?
L’existence même du Pacte nous a toujours posé problème. Conditionner une rémunération supplémentaire à l’accomplissement de missions supplémentaires pour une profession déjà sous tension et qui multiplie les heures non reconnues et non rémunérées, relevait déjà de la provocation.
Pour autant, lorsque le Pacte permettait de rémunérer des missions qui ne l’étaient pas auparavant, notamment la mise en œuvre de projets à destination des élèves, il pouvait retrouver une certaine utilité. Mais très vite, les briques du Pacte ont surtout servi à financer en priorité les choix politiques et non pas les besoins des collègues.
- Dans le 1er degré, les parts de Pacte sont fléchées vers les SRAN
- Dans le 2d degré, elles sont essentiellement orientées vers le remplacement, au détriment des projets des collègues.
Aujourd’hui, le ministère franchit une nouvelle étape : les moyens consacrés au Pacte diminuent de plus de 50 %. Ce choix aura nécessairement des conséquences dans le premier comme dans le second degré.
À ce jour, les projections ne vont pas au-delà du mois de décembre. Comment demander aux personnels de construire des projets, de s’engager dans la durée et de porter de nouvelles actions quand les moyens nécessaires ne sont même pas garantis pour l’année scolaire ?
Il faut arrêter de demander aux enseignants de faire des miracles avec des moyens qui disparaissent au fil des mois.
Pass Culture : encore une promesse abandonnée
Là encore, le constat est amer. La belle promesse du Pass Culture n’a pas tenu longtemps face aux arbitrages budgétaires.
Sa part collective, qui permet aux écoles et aux établissements de financer des projets culturels à destination des élèves, n’a cessé de diminuer : 97 millions d’euros en 2024, 72 millions en 2025, contre seulement 38 millions en 2026.
Et comme si cette baisse ne suffisait pas, le ministère revient sur un engagement qu’il avait pourtant pris : les budgets non dépensés du Pass Culture devaient pouvoir être reportés. Ce ne sera finalement pas le cas. À la clé : une économie de 10 millions d’euros pour l’État, mais des projets annulés. Derrière les lignes budgétaires, ce sont bien des milliers d’élèves qui seront privés de projets, de sorties, de rencontres et d’expériences culturelles.
Voilà donc où en est la politique éducative : on économise sur des projets culturels, tout en expliquant parallèlement que l’École doit développer l’ouverture culturelle, l’émancipation et la réussite de tous les élèves.
Il est impossible de comprendre cette logique.
IMP et HSE : toujours plus de missions, toujours moins de reconnaissance
Concernant les IMP et les HSE, le constat déjà dressé à la rentrée 2025 se confirme malheureusement pour cette année également. Les IMP, censées rémunérer des missions exercées en dehors du face-à-face pédagogique, et les HSE, censées reconnaître un investissement horaire supplémentaire des enseignants, ont fondu comme neige au soleil (de plomb).
Dans un contexte de sévère austérité, où l’École est toujours plus sollicitée et pointée du doigt, comment conjuguer les exigences de résultats du ministère avec les velléités d’économies du gouvernement ? Comment continuer à s’investir dans des missions sans aucune rétribution ?
Si la valorisation financière ne fait pas tout, elle ne peut être négligée et reste au cœur des préoccupations des collègues.
Dans une École à qui l’on demande toujours davantage de résultats, la réponse budgétaire du gouvernement est toujours la même : faire des économies.
À force de considérer l’engagement des personnels comme une ressource inépuisable, le ministère prend le risque de décourager encore davantage celles et ceux qui font tenir l’École au quotidien.
L’avis du SE-Unsa
Le SE-Unsa dénonce avec force cette politique de rigueur budgétaire dont l’École fait, une nouvelle fois, les frais.
En refusant d’investir dans l’éducation et la culture, et donc dans l’avenir des élèves, l’État envoie un message particulièrement préoccupant : l’École est sommée de faire plus, mais avec moins. Cette équation ne tient pas.
Les ambitions affichées par le ministère ne pourront pas être réalisées à moyens constants. Elles le seront encore moins avec des moyens en baisse.
On ne peut pas, d’un côté, s’alarmer de la crise d’attractivité du métier et, de l’autre, poursuivre une politique qui dégrade les conditions d’exercice, limite les possibilités de rémunérer les missions supplémentaires et fragilise les projets portés dans les écoles et les établissements.
Le SE-Unsa demande donc au ministère de cesser cette politique de réduction des moyens et de donner enfin à l’École les ressources nécessaires pour mener à bien les missions qu’on lui confie. Les personnels sont engagés. Ils prennent leurs responsabilités. Il est temps que le ministère prenne les siennes.