La circulaire de rentrée 2026-2027 se veut sobre : pas de nouvelle réforme, un recentrage sur deux priorités pédagogiques. À la lecture, le texte dit pourtant beaucoup de ce que le ministère attend de ses personnels, et sur ce qu’il n’entend pas leur donner en retour.
L'École ne peut pas tout, et ensuite ?
Le ministre reconnaît que la société a pris l’habitude d’imposer un « grand écart impossible » : l’École est trop souvent convoquée comme responsable et comme solution. Il dit stop.
Le SE-Unsa partage ce diagnostic. Mais la circulaire esquive la question qui devrait suivre : si l’École ne peut pas tout, qui décide de ce qu’elle abandonne ? Cette reconnaissance n’aura de portée que si elle se traduit par une réduction réelle des dispositifs qui s’empilent ces dernières années et des obligations de remontées administratives qui prennent le pas sur le sens du métier. Le texte pose un principe sans en tirer de conséquence pratique.
Deux priorités claires, une vision étroite
Maîtrise du langage et raisonnement scientifique : fixer un cap est bien le rôle d’une circulaire. Ce que le SE-Unsa conteste, c’est la logique disciplinaire que sous-entend l’expression de ces priorités. Centrer l’École sur les fondamentaux en silos — le français d’un côté, les maths de l’autre — c’est écarter une approche par projets transdisciplinaires qui donne du sens aux apprentissages, notamment pour les élèves qui décrochent précisément parce qu’ils n’en voient pas.
La circulaire ne dit pas comment ces priorités s’articulent avec les projets d’école déjà engagés, ni dans quelles conditions les équipes pourront s’y consacrer concrètement.
Autorité de l'institution : l'École chargée de réparer ce que l'employeur a abimé
La circulaire appelle à « réaffirmer l’autorité de notre École comme institution » et convoque la civilité, le respect des valeurs républicaines, la relation avec les familles. Les équipes sont désignées comme les acteurs de cette reconstruction mais l’employeur est absent de l’analyse.
Année après année, la baisse démographique n’a pas servi à augmenter les taux d’encadrement. Des postes ont été supprimés, des formations réduites, des moyens humains retirés. L’autorité de l’institution s’est dégradée aussi parce que l’État employeur l’a sous-financée. Les personnels ne peuvent pas réparer seuls ce que les choix politiques et budgétaires ont mis en panne.
Le lien avec les familles : un diagnostic sans suite
Le ministre identifie que la numérisation des échanges, combinée au renforcement de la sécurité des bâtiments, a progressivement éloigné les familles. La réponse se résume à un appel à « retisser ce lien » sans un mot sur le temps, les espaces de rencontre ou les personnels nécessaires pour que ces échanges ne se tiennent pas systématiquement dans l’urgence.
« Prendre soin des personnels » : les bonnes intentions ne font pas une politique
Le troisième volet de la circulaire énumère des engagements attendus depuis des années : meilleur accueil des nouveaux collègues, appui en cas de difficulté, protection fonctionnelle déclenchée sans délai. Pas de calendrier, pas de moyens fléchés, pas d’engagement chiffré.
La baisse démographique est présentée comme une opportunité de « renforcer l’appui aux équipes » — sans préciser comment ni pour qui. Pour les personnels qui travaillent dans l’isolement et sous pression, dans des conditions dégradées, ce paragraphe ne décrit pas une politique, uniquement des intentions. Il est donc temps que le ministre passe aux actes, et c’est tout à fait compatible avec l’engagement de ne pas faire de nouvelles réformes structurelles.