À l’occasion de la venue du ministre de l’Éducation nationale à Nancy, l’UNSA Éducation a été reçue en préfecture pour porter la voix des personnels de Meurthe-et-Moselle.
Adeline Giovanella et Anthony Perrin représentaient l’UNSA Éducation, aux côtés de deux représentantes de la FSU. Ils ont échangé pendant près d’une heure avec David Müller, conseiller du ministre chargé de la lutte contre les inégalités territoriales et sociales, en présence de Mme Jeannin, secrétaire générale du rectorat, M. Kazan, secrétaire général de la DSDEN 54, et Mme Loire, ADASEN 54.
Un échange dense, qui a permis d’aborder les principaux enjeux auxquels sont confrontés les personnels : baisse démographique et carte scolaire, économies, inclusion et AESH, RASED, direction d’école, aides aux établissements, attractivité du Pays-Haut, bâti scolaire et conditions de travail.
Baisse démographique : une opportunité pour l’École
La baisse démographique est une réalité dans notre département. Pour l’UNSA, elle ne peut cependant pas se traduire automatiquement par des suppressions de postes et des fermetures de classes.
La diminution du nombre d’élèves doit être l’occasion d’améliorer les conditions d’enseignement et de travail : réduire les effectifs, renforcer les équipes, améliorer le remplacement et donner davantage de moyens à l’accompagnement des élèves.
Le cabinet a rappelé les chiffres de la baisse démographique et la diminution de la moyenne d’élèves par classe. Entre 2017 et 2025, le département a ainsi perdu près de 10 000 élèves dans le premier degré public, tandis que la moyenne d’élèves par classe est passée de 23,9 à 21,5 avec les moyens dédoublés en REP et REP+ (nous demandons la moyenne réelle hors dispositifs).
Pour nous, la question n’est donc pas seulement de savoir combien d’élèves il y aura demain, mais ce que nous voulons faire des moyens rendus disponibles par cette évolution.
Carte scolaire : une nouvelle méthode qui doit associer les personnels
La Meurthe-et-Moselle fait partie des départements concernés par l’expérimentation autour de l’évolution pluriannuelle de la carte scolaire.
Le cabinet présente désormais cette démarche comme une réflexion plus large sur une « carte de l’offre scolaire », qui doit prendre en compte les évolutions démographiques, les transports, l’offre de formation et l’aménagement du territoire.
David Müller a précisé que le travail était d’abord conduit avec les élus et les collectivités, avant d’associer les organisations syndicales, notamment dans les instances de dialogue social telles que le CSD et le CDEN.
Cette organisation de la démarche interroge l’UNSA. Les personnels connaissent les réalités des écoles et des établissements : leur expertise doit être pleinement prise en compte dans une réflexion qui engage l’avenir du service public d’éducation dans les territoires.
Nous avons donc demandé une véritable concertation et remis au conseiller plusieurs éléments concernant des situations concrètes dans le département. Mme Loire a précisé qu’une concertation serait prochainement organisée.
Inclusion : des besoins qui augmentent, des moyens qui restent insuffisants
L’UNSA a également largement abordé la question des élèves à besoins éducatifs particuliers.
Les personnels sont confrontés à des situations de plus en plus complexes, alors que les difficultés de recrutement et de formation des AESH, la mutualisation des accompagnements et le manque de places dans les structures médico-sociales rendent parfois les réponses très difficiles à mettre en œuvre.
Une classe ne se résume pas à un nombre d’élèves : la composition du groupe et les besoins de chacun doivent être pris en compte.
Le cabinet a souligné l’attention portée par le ministère à la question du handicap et a évoqué le déploiement des pôles d’appui à la scolarité (PAS) ainsi que le renforcement des liens avec le secteur médico-social.
Si seulement c’était aussi simple…
Nous avons parallèlement insisté sur la nécessité de renforcer les personnels spécialisés et la prévention, notamment à travers les RASED.
Sur ce point, la réponse apportée est restée essentiellement au stade de la réflexion : le cabinet a évoqué les travaux existants et la question de l’articulation entre les PAS et les RASED.
Pour les personnels, l’enjeu est pourtant très concret : pour prévenir les difficultés et accompagner les élèves, encore faut-il disposer des professionnels nécessaires.
Direction d’école : reconnaître la charge de travail ne suffit pas
La situation des directrices et directeurs d’école a également été portée lors de l’audience : charge administrative croissante, multiplication des outils et des procédures, temps de décharge insuffisant et manque d’aide dans les écoles.
Le cabinet a indiqué être conscient de ces difficultés et travailler à l’allègement des tâches. Il a toutefois également fait le lien entre la question des décharges et l’évolution du maillage scolaire, en soulignant la diminution du nombre de petites écoles.
Pour l’UNSA, la charge de travail d’une direction ne disparaît pas parce que l’école compte moins de classes. Les directrices et directeurs ont besoin de temps et de moyens pour exercer leurs missions dans de bonnes conditions.
Nous insistons sur la nécessité de véritables moyens dans tous les établissements, AED, vie scolaire en souffrance, recrutement en baisse drastique des services civiques, AESH, équipes pluridisciplinaires, enseignants et éducateurs spécialisés, etc.
Des territoires qui doivent rester attractifs
Nous avons également porté les difficultés particulières du nord de la Meurthe-et-Moselle : proximité du Luxembourg, coût du logement, concurrence des salaires, difficultés de recrutement et turn-over important dans certaines équipes.
L’attractivité des territoires ne peut être pensée sans s’intéresser aux conditions de vie et de travail des personnels. La question du logement et des dispositifs permettant de faciliter l’installation des agents publics a notamment été évoquée.
Adapter l’École aux conditions de travail de demain
La question des bâtiments scolaires et des fortes chaleurs a également été abordée. L’UNSA a rappelé la nécessité d’anticiper les épisodes de chaleur et d’adapter durablement les bâtiments et les conditions de travail, plutôt que de gérer les situations dans l’urgence.
Le cabinet a indiqué qu’un travail était engagé avec différents partenaires afin d’identifier les écoles prioritaires et de permettre la réalisation de diagnostics.
Nous avons également porté les problématiques des personnels administratifs et ITRF, notamment en matière de reconnaissance des missions, de rémunération, de recrutement et d’attractivité, ainsi que les enjeux de santé au travail et de prévention des risques psychosociaux.
Une première étape, des réponses encore attendues
Au terme de l’échange, David Müller a indiqué avoir pris et consigné les différents sujets présentés par les organisation syndicales. Il a précisé que ces éléments seraient remontés aux responsables concernés et à l’équipe du ministre. Il a également rappelé que plusieurs des questions soulevées constituaient des sujets de travail ou de réflexion pour le ministère.
Nous prenons acte de cette écoute et des éléments apportés. Mais les personnels attendent désormais que les réflexions se traduisent par des réponses concrètes.
L’UNSA continuera à porter les réalités du terrain dans les instances de dialogue social et à défendre une École qui utilise la baisse démographique comme une opportunité pour améliorer les conditions d’apprentissage des élèves et les conditions de travail des personnels, plutôt que comme un simple levier de réduction des moyens.