Une expérimentation menée actuellement sur Saint-Etienne sud
La DSDEN de la Loire a accédé à la volonté ministérielle qui consistait à déployer quelques Pôles d’Appui à la Scolarité (PAS) dès cette année 2025-2026 dans tous les départements, avant une généralisation à la rentrée 2027.
L’IA-Dasen a fait le choix de retenir la circonscription de Saint-Etienne Sud dans laquelle 4 PAS ont été déployés pour cette année 2025-2026. Alors que 19 postes d’enseignants ont été dédiés à cette mission (et prélevés sur la carte scolaire) dès la rentrée 2026, l’Unsa Education demandait depuis plusieurs mois un premier bilan de cette mise en place. La DSDEN a donc accéder à notre demande en nous présentant quelques éléments le mardi 28 avril.
Les P.A.S : Vers une nouvelle étape de l'école inclusive ?
Les IEN ASH ont tenu à rappeler que lors de la Conférence nationale du handicap (CNH) en 2023, le Président de la République a appelé à engager « l’acte 2 de l’école inclusive ». L’objectif est clair : dépasser la seule question du handicap pour accueillir l’ensemble de la diversité des élèves.
Ce tournant marque une évolution importante des politiques publiques. On passe d’une logique de « 100 % compensation » — centrée principalement sur l’aide humaine — à une approche mixte, qui privilégie d’abord l’accessibilité généralisée de l’environnement scolaire.
Cette transformation repose également sur un co-pilotage renforcé entre les ministères de l’Éducation nationale et de la Santé, permettant notamment aux personnels médico-sociaux d’intervenir plus facilement dans les établissements, sans notification préalable de la MDPH.
C’est dans ce contexte qu’émerge un nouveau dispositif : les Pôles d’Appui à la Scolarité (PAS).
Avant leur mise en place, la politique inclusive reposait essentiellement sur des dispositifs de compensation, une forte mobilisation de l’aide humaine et la structuration via les PIAL (Pôles inclusifs d’accompagnement localisés), créés en 2019.
Bilan chiffré sur l'existant au sein de notre département :
Dans la Loire, par exemple, 51 PIAL ont été déployés en 2020. Leur gestion impliquait un nombre important d’AESH (Accompagnants d’élèves en situation de handicap), avec des contraintes administratives importantes.
Au 28 avril 2026, on comptait :
- 1228 équivalents temps plein (ETP) d’AESH, dont :
- 815 en aide individuelle,
- 188 en aide mutualisée,
- 125 en aide collective,
- 85 en arrêt,
- 1904 élèves bénéficiant d’une aide individuelle (AESHi),
- 3266 élèves bénéficiant d’une aide mutualisée (AESHm).
Malgré ces moyens conséquents, le modèle montrait ses limites, notamment en matière de souplesse et de prévention.
Les PAS : un dispositif au cœur de la transformation
Les PAS constituent une réponse concrète aux enjeux posés par la CNH. Ils visent à dépasser la simple mise en œuvre des notifications d’aide humaine.
Dans la Loire, leur mise en place repose sur une logique de co-partage entre l’Éducation nationale et les services médico-sociaux. Elle s’accompagne notamment d’une fusion entre les PIAL et les équipes mobiles d’appui médico-social (EMAS).
Quatre missions principales
Les PAS s’articulent autour de quatre axes majeurs :
- Une réponse de premier niveau
Ils apportent une réponse rapide aux écoles et aux familles pour tous les élèves à besoins éducatifs particuliers (EBEP), et pas uniquement ceux en situation de handicap. - La prévention des ruptures
Ils assurent un accompagnement temporaire pour les élèves en attente d’une place en établissement médico-social. - La gestion de l’aide humaine
Ils contribuent à l’organisation pédagogique des AESH : répartition, formation et accompagnement des équipes. - Le développement de l’accessibilité
Ils participent à la transformation de l’école vers un modèle plus universel, à travers des actions de formation, de réflexion et d’adaptation des pratiques.
Une nouvelle structuration du territoire :
Dans la Loire, 42 PAS sont déployés à partir des circonscriptions existantes, avec différents niveaux de moyens (de PAS 2 à PAS 4 selon les territoires).
Cette cartographie tient compte des besoins locaux, notamment des « zones blanches » en matière d’offre médico-sociale, comme à Montbrison ou dans le sud de Saint-Étienne.
Un observatoire a également été créé afin de garantir une démarche qualité, associant :
- cadres de l’Éducation nationale,
- acteurs médico-sociaux,
- ARS,
- MDPH.
Le travail des PAS s’inscrit dans une démarche collaborative et progressive :
- Analyse de la situation à partir des documents existants (PPRE, PPS…)
- Évaluation conjointe avec les équipes éducatives et les professionnels médico-sociaux
- Élaboration d’un plan d’action global (école, périscolaire, domicile)
- Mise en œuvre de solutions concrètes : accompagnement humain, outils pédagogiques, matériel adapté
- Concertation avec l’ensemble des acteurs lors d’une équipe éducative
Des retours de terrain globalement positifs d'après la DSDEN :
Du côté des équipes éducatives :
Les premiers témoignages soulignent plusieurs points forts :
- une réelle plus-value pédagogique,
- des outils concrets et directement utilisables,
- une présence active dans les classes,
- une meilleure compréhension de certaines situations (notamment les troubles du spectre de l’autisme),
- une amélioration du dialogue avec les familles.
La réactivité et la durée des interventions (environ 7 semaines) sont également appréciées.
Des axes d’amélioration sont néanmoins identifiés :
- mieux faire connaître les missions des PAS,
- intégrer davantage les AESH dans la communication,
- faciliter les temps d’échange avec les équipes.
Du côté des familles :
Les familles expriment une satisfaction globale, notamment lorsque les situations évoluent positivement.
Un point de vigilance est toutefois relevé : la communication doit être rendue plus accessible, en particulier pour les familles non francophones.
Une mise en place progressive :
Pour garantir une transition sereine, les PAS et les PIAL fonctionneront en parallèle lors de la prochaine année scolaire.
Côté ressources humaines, le poste en PAS est accessible sans obligation de détenir le CAPPEI (même si cela constitue un atout). Un dispositif de nomination provisoire permet aux enseignants de tester la fonction avant un engagement définitif.
Enfin, le financement est assuré par l’ARS, à hauteur de 120 000 € par PAS.
Pour la DSDEN, les PAS incarnent une évolution majeure du système éducatif. En mettant l’accent sur l’accessibilité, la prévention et la coopération entre acteurs, ils ouvrent la voie à une école véritablement inclusive, capable de répondre à la diversité des besoins de tous les élèves.
Des moyens suffisants pour répondre aux demandes ?
Pour le SE-Unsa 42, le principal intérêt des PAS réside dans le rapprochement avec l’ARS et les personnels paramédicaux qui peuvent favoriser un repérage plus précoce de certains besoins, notamment pour les élèves relevant d’un accompagnement médico-social.
Mais en l’absence de moyens supplémentaires (nombre d’AESH, d’enseignants, etc), les PAS semblent être surtout un outil destiné à pallier le manque d’AESH, en empilant les dispositifs et en éclatant les ressources existantes. Ils risquent de reposer sur une logique de gestion au cas par cas, sans réponse de fond, aux véritables besoins des élèves comme des acteurs de terrain, et font peser une pression accrue sur des personnels déjà fortement sollicités.