Le temps du ministère et celui des établissements sont une nouvelle fois désynchronisés. Annoncée fin novembre 2025, puis inscrite dans la loi à la fin de l’été, l’interdiction de l’utilisation du téléphone portable et des objets connectés est étendue aux lycées à compter de la rentrée 2026. Une mesure qui peut répondre à des difficultés réelles, mais dont la mise en œuvre se heurte à la réalité.
Interdire peut constituer un cadre mais cela ne constitue pas une éducation
À partir de la rentrée 2026, le Code de l’éducation interdit désormais aux élèves l’utilisation du téléphone mobile et de tout autre équipement terminal de communications électroniques dans les lycées. Le règlement intérieur de chaque établissement doit en préciser les modalités d’application, les exceptions éventuelles ainsi que les conditions de confiscation ou encore de restitution.
Pour le SE-Unsa, il ne s’agit pas de nier les difficultés liées au téléphone : déconcentration ou encore sollicitations permanentes. Les personnels connaissent ces réalités et sont les premiers à chercher des réponses, mais le véritable enjeu est bien plus large que le téléphone. Interdire son utilisation pendant le temps scolaire peut contribuer à restaurer des temps de concentration et de vie collective, néanmoins cela ne fera pas disparaître le cyberharcèlement, la désinformation ou la surexposition aux écrans. C’est pourquoi l’École doit donner aux jeunes les moyens de comprendre et de maîtriser leur environnement numérique. L’éducation aux médias et à l’information, plus que jamais, doit être accompagnée par des moyens, du temps et de la formation pour les personnels.
Une règle nationale, des modalités locales
De plus, la temporalité de la mesure interroge. En effet, l’inscription bien tardive dans le cadre de la loi rend la mesure inapplicable dès la rentrée, n’en déplaise à notre ministre. En effet, interdire l’usage du téléphone portable dans un lycée suppose d’en modifier le règlement intérieur, action qui est absolument impossible sans l’aval du conseil d’administration. Or, ce dernier ne peut se réunir que des semaines après la rentrée.
Dans tous les cas, une politique éducative ne peut être efficace que si elle est construite avec celles et ceux qui devront la faire vivre. Modifier le règlement intérieur suppose un travail collectif. Le décalage entre les effets d’annonce du ministère et la temporalité démocratique des établissements place une nouvelle fois les personnels en première ligne, qui vont devoir mettre en place des décisions à la va-vite sans recul….
L’avis du SE-Unsa
Pour le SE-Unsa, si la nécessité d’un cadre clair sur l’usage du téléphone portable peut s’avérer utile, elle demande en revanche que sa mise en œuvre respecte les réalités des établissements et le travail des équipes. Cette rentrée aurait pu être l’occasion de faire de la régulation du téléphone un véritable projet éducatif partagé. Elle risque une nouvelle fois de se transformer en exercice d’application d’une décision prise d’en haut. Éduquer plutôt qu’interdire : ce n’est pas refuser les règles mais leur donner du sens.
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