Changement climatique : l'École doit sortir de l'improvisation
Dès le printemps et tout au long de l’été, les épisodes de fortes chaleurs se sont succédé. Élèves et personnels en ont subi les conséquences : températures difficilement supportables dans les classes et les services, fatigue, malaises, conditions de travail et d’apprentissage dégradées. Cette réalité a une nouvelle fois mis en évidence la vulnérabilité du bâti scolaire et l’impréparation de l’institution. Pour le SE-Unsa, il est temps de cesser de gérer chaque canicule comme une crise exceptionnelle : l’adaptation de l’École au changement climatique doit devenir une priorité.
Des épisodes qui ne sont plus exceptionnels
L’année 2026 aura été particulièrement révélatrice. Un premier épisode caniculaire s’est produit dès le mois de mai. Puis les vagues de chaleur se sont succédé du 17 au 30 juin, du 4 au 19 juillet et du 28 juillet au 19 août. Et ce n’est pas un accident isolé : 2025 avait déjà été le quatrième été consécutif très chaud. Les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus intenses et plus précoces.
La Normandie n’est évidemment pas à l’écart de cette évolution. Lors de l’épisode historique de juin, notre région a connu elle aussi des températures inédites, dépassant localement les 40 °C.
Ce qui était autrefois exceptionnel devient une donnée avec laquelle notre système éducatif doit désormais composer.
En juin, près de 1 400 collègues de Normandie nous ont répondu en quelques jours
Face aux difficultés rencontrées dans les écoles, établissements et services, le SE-Unsa et l’UNSA Éducation Normandie ont interrogé les personnels avant le CSA du 23 juin (instance habituelle de réunion avec la rectrice). En trois jours, près de 1 400 collègues, tous métiers confondus, ont répondu.
Le constat est particulièrement net : plus de neuf répondants sur dix considèrent leur bâtiment comme vulnérable à la chaleur ; près des trois quarts estiment avoir travaillé dans des conditions difficiles, voire susceptibles de mettre leur santé en danger ; plus de 60 % ne disposaient d’aucun équipement de rafraîchissement.
Derrière les chiffres : des salles dépassant les 35 °C, des malaises (d’adultes et d’élèves), des locaux impossibles à rafraîchir, mais aussi des consignes tardives ou contradictoires et des équipes trop souvent contraintes d’improviser.
Il ne s’agit pas de confort. Il s’agit de santé, de sécurité et de conditions de travail.
Le SE-Unsa Normandie a porté les alertes et proposé des solutions
Rapidement, le SE-Unsa a porté les difficultés rencontrées par les personnels auprès de l’institution et des dans les instances académiques. Le 30 juin, lors d’une audience spécifique avec la rectrice, nous avons présenté les résultats de notre enquête et les témoignages recueillis.
Nous avons surtout formulé des propositions : un protocole académique fortes chaleurs, préparé en amont et connu de tous ; des règles claires concernant les personnels vulnérables ; la définition d’un « fonctionnement dégradé » lorsque les conditions l’imposent (travailler ou accueillir « à tout prix » n’est pas une position tenable) ; une communication cohérente entre rectorat, DSDEN, collectivités territoriales et responsables locaux. La rectrice avait reconnu la nécessité de mieux anticiper ces épisodes et de réfléchir à des protocoles locaux.
Car les directeurs, chefs d’établissement et équipes ne doivent plus être laissés seuls à devoir décider, dans l’urgence, de ce qu’il convient de faire.
Mais l’organisation ne résoudra pas tout. Il faut également agir sur les bâtiments.
Isolation, protections solaires, ventilation, végétalisation, points d’eau, équipements de rafraîchissement : nous avons demandé que l’État prenne toute sa place aux côtés des collectivités pour établir un diagnostic du bâti et engager une programmation pluriannuelle de son adaptation.
C’est aussi ce que demandent les collègues : dans notre enquête, les travaux sur le bâti, les équipements permanents et des protocoles anticipés arrivent en tête des priorités.
Des annonces… mais quels moyens ?
À cette rentrée, le ministère reconnaît enfin la nécessité d’accélérer l’adaptation des bâtiments scolaires au changement climatique.
Nous pourrions nous en réjouir. Mais au même moment, 40 millions d’euros prévus pour le plan d’urgence destiné à adapter les écoles aux fortes chaleurs ont été retirés de l’enveloppe initialement annoncée. Les crédits restant disponibles permettraient essentiellement de financer les diagnostics des établissements prioritaires. Le signal est pour le moins contradictoire.
Diagnostiquer est indispensable. Mais diagnostiquer sans financer ensuite les travaux ne protégera ni les élèves ni les personnels. L’adaptation de dizaines de milliers de bâtiments prendra nécessairement du temps. C’est précisément pourquoi il faut engager dès maintenant des investissements durables plutôt que d’attendre la prochaine canicule pour redécouvrir le problème.
Une nouvelle rectrice en Normandie : nous attendons maintenant des actes
Depuis notre audience de juin, l’académie de Normandie a changé de rectrice. Le SE-Unsa la rencontrera prochainement. L’adaptation de notre académie au changement climatique fera partie des sujets que nous porterons. Nous attendons que le travail engagé se poursuive : un protocole académique opérationnel avant les prochains épisodes de chaleur, l’identification transparente des bâtiments les plus vulnérables, un dialogue exigeant avec les collectivités et une programmation des travaux nécessaires.
Sur ce sujet comme sur les autres, notre méthode est claire : écouter les personnels, objectiver les difficultés, porter leur parole et proposer des solutions. Le changement climatique n’est plus une menace lointaine. Il modifie déjà nos conditions de travail. L’École doit s’y adapter. Le SE-Unsa continuera d’agir pour qu’elle le fasse.