SE–UNSA : Nous avons alerté, une nouvelle fois, notre hiérarchie de la situation des personnels dans notre Académie en souffrance du fait d’élèves à besoins éducatifs particuliers de plus en plus difficiles à gérer, de plus en plus violents et de plus en plus nombreux.
Au nom de l’UNSA Éducation ou du Se-UNSA, nous ne cessons d’alerter au sujet des EBEP, nous radotons et continuerons à le faire car « chaque année c’est pire » ! Nous ne parlons pas d’enfants turbulents mais d’enfants qui vous insultent, vous tapent, vous mordent (les personnels ou les autres élèves), refusent tout et notamment d’aller en classe, font du bruit en permanence, quittent la classe ou l’école. Ces élèves sont soit des élèves dans une classe inadaptée à leurs besoins, soit des enfants très jeunes, hyperviolents. Dans un certain nombre de situations, ces élèves sont en souffrance, tout comme leurs camarades et les adultes qui les encadrent. Notre crainte, répétée à de nombreuses reprises, est qu’il se passe quelque chose de grave : pour les élèves à besoins éducatifs particuliers, pour leurs camarades de classe ou pour les personnels de l’école, et nous n’oublions surtout pas les AESH en première ligne.
Certains professionnels subissent une violence quotidienne et c’est insupportable, nous ne savons pas comment ils font pour tenir, mais ils sont humains et à un moment peuvent avoir un geste malheureux…
Le 24 septembre 2024, lors d’une audience avec M. le recteur, nous l’avions alerté de manière très simple en lui indiquant que les personnels de l’Académie veulent juste pouvoir faire classe, être respectés et protégés.
Lors de la précédente audience avec Mme Insel, le 19 mai 2025 dernier, nous avions porté les mêmes problématiques, dénoncé les mêmes conditions de travail pour lesquelles les personnels ne cessent d’alerter leur hiérarchie en rédigeant des fiches de santé et sécurité au travail. Mais tout le monde n’en fait pas et leur rédaction prend du temps et est surtout impactante car on revit une deuxième fois ce que l’on a vécu. Leur principale préoccupation est celle de leurs élèves !
Pour être concrets, et nous le sommes toujours, avant de venir à cette audience, nous avons lu les 10 dernières fiches santé et sécurité au travail rédigées dans l’Académie.
En voici les titres :
– Coups et blessures
– Agression verbale et physique d’une AESH par un enfant de MS
– Élève TDAH + TOP en crise (2 fiches, 2 jours de crise)
– Problématique avec un élève violent
– Chauffage
– Élève à comportement difficile
– Évènement du 3 décembre
– Violence verbale d’un élève de GS
– Élève qui pousse tout le monde à bout
Nous avons d’ailleurs choisi de lire le contenu d’une de ces fiches rédigée par une AESH dont l’alerte résume celles qui sont saisies chaque jour et donc ce que vivent certains personnels. Nos alertes sont on ne peut plus concrètes ! « J’écris pour un élève coutumier de crises de colère qui ce matin-là était, une fois encore, en mode provocation. Déchirant sa feuille et celles de ses camarades, les transformant en boulettes, les mettant dans le sac de la maîtresse, tout en nous narguant. Ensuite, il a lancé toutes sortes d’objets sur les adultes (l’autre AESH présente, l’enseignante et moi-même) puis il essayé de lancer une chaise sur l’une d’entre nous et il s’en est pris à l’extincteur. J’ai dû lui enlever des mains un couteau et une paire de ciseaux car il voulait découper tout ce qui lui passait sous les yeux. Après s’en être pris au mur en placo, il a dirigé ses coups de pieds vers nous. Je ne compte même plus les insultes et les doigts d’honneur dont il nous a gratifiées. Nous étions à 3 pour l’empêcher de se sauver de la classe… Il nous a tellement cherchées que j’ai fini par craquer, j’en ai pleuré. Je suis à bout, idem pour l’enseignante. Nous ne pouvons plus travailler dans ces conditions, je pars le matin en me demandant ce qu’il va encore se passer dans la matinée… «
Cette fiche a été écrite par une AESH, ils n’en écrivent pas souvent, n’osant pas ou culpabilisant. Ces personnels que nous n’oublions pas, très importants mais payés avec un salaire de misère, pas ou très peu formés, sont en première ligne et subissent violence verbale et physique.
A l’heure actuelle, il n’y a plus de crédit pour en recruter, donc on va détricoter des organisations pour gérer la pénurie, et enlever quelques heures par-ci par-là pour donner quelques heures à de nouveaux élèves notifiés. Ou pas… D’un coup de baguette magique on va diminuer un accompagnement pourtant nécessaire à un autre élève.
Quid de la dimension humaine pour les élèves, et pour les personnels AESH ?
Il faut rajouter à ceci :
- Un taux d’encadrement dégradé, avec un P/E académique en retrait par rapport à la moyenne nationale (écart de 0,3 point depuis 2017)
- Une académie en déclin : 18ème sur 23 académies en 2024.
Cela contribue certainement à ces difficultés.
Un département emblématique des dysfonctionnements de l’académie : l’Ille-et-Vilaine.
Il y a environ 1 200 élèves en attente de place en IME ou ITEP, 1 500 élèves notifiés sans AESH. Autre sujet d’inquiétude, l’explosion des fiches SST : les 914 fiches en Ille-et-Vilaine représentent 52 % des fiches de l’académie, dont un peu plus d’un tiers rien que pour Rennes !
Un autre département impacté : les Côtes d’Armor, totalement différent au niveau de son tissu d’écoles, beaucoup plus rural, il concentre les secteurs les plus pauvres de l’Académie, c’est le département de l’Académie où il y le plus fort taux de violence intrafamiliale, et il est dans les tous premiers à ce sujet au niveau national, on s’en passerait…
Plus généralement, les personnels de nos écoles en Bretagne sont en grande souffrance car 80 % des fiches SST de l’académie sont du premier degré.
Les enseignants ne peuvent être les seuls à porter la responsabilité de l’école pour tous. Ils tentent de compenser, à moyens constants, des carences qui dépassent l’institution scolaire. Il y a un risque de rejet de l’inclusion scolaire. Des élèves attendent une place en IME durant 5 ans, d’autres n’ont pas de place en ULIS collège et sont en classe ordinaire en attendant. D’autres doivent attendre plusieurs années qu’une place en ITEP se libère. Tout le monde est impacté, à commencer par les AESH, les collègues en maternelle aussi où il y a de plus en plus d’élèves violents ! Il n’y a plus d’assistantes sociales dans certains endroits, des psychologues EN sont en arrêt. La frange rurale souffre beaucoup en Bretagne. Certains parents refusent les soins pour leur enfant.